Dessine-moi un mouton!

L’Ordre des kinésithérapeutes, question cotisation, est indiscutablement la plus grosse usine à pétrodollars du paramédical (75 euros pour les infirmiers, 280 euros pour nous). La conséquence immédiate de cet impôt ordinal a été de faire fondre comme neige au soleil le prévisionnel des cotisants syndicaux. Or, par un curieux concours de circonstances, les dirigeants de l’Ordre sont peu ou prou les mêmes que ceux de nos deux syndicats majoritaires, FFMKR et SNMKR, et inversement, même si l’on s’en défend pieusement et trépigneusement.
Forcément, mettez-vous une seconde à leur place, ça agace de ne pas touchez le jack-pot sur tous les tableaux. Déshabiller Jean pour habiller Pierre, ils sont d’accord, si c’est chez Cardin…
Qu'à cela ne tienne, il suffit de demander à l’Etat, non pas de moraliser les dépenses somptuaires de l’Ordre ni de présenter un semblant de droit de veto genre Cours des Comptes sur les délires pécuniaires d’une poignée de compères en foire ayant bourse déliée, mais d’instaurer un prélèvement syndical obligatoire, à la source, sur chaque kinésithérapeute. Et l’Etat cautionne, car l’Ordre est sa marionnette. La seule question qui se pose aujourd’hui n’est plus de savoir si on le fera ou non, ce prélèvement automatique, puisque c’est acquis, mais de savoir comment ? Prélèvement URSSAF type formation continue ? Création d’une société de créances propre ?…
C’est très finement joué de la part de nos deux syndicats dits « représentatifs » FFMKR et SNMKR car d’une part cet aménagement permet à l’Ordre, donc à eux, de perpétuer impunément son délire monétaire dans la plus grande impunité et, parallèlement, de manigancer de telle sorte que l’argent des futurs prélèvements obligataires syndicaux ne soit attribué qu’aux syndicats majoritaires, donc encore à eux…
C’est le triple-bingo : pouvoir financier et représentativité renforcés, Ordre conforté, et éradication définitive des autres syndicats dits « non-représentatifs », donc du droit à la différence, à la dissidence, et à la libre-expression…
Après le premier coup d’état du Cartel Fédéro-SNMKR sur la profession que fut l’Ordre, ce second sera plus fatal encore puisqu’il fusionnera définitivement l’autoritarisme et la pensée mono-code, L’Ordre et les deux syndicats « représentatifs ». Nous n’aurons donc plus, pour défendre la profession, qu’un Ordre aux ordres et deux syndicats d’Etat qui feront la pluie et le beau temps, sans contradicteur possible, sur un métier livré pieds et mains liés aux exactions tutélaires…
… A cela près, et pardonnez-nous les Grand Iznogoud d’y faire référence, qu’il existe une légère faille dans votre raisonnement, et que les règles du « je » risque de s’en trouver quelque peu modifiées…
Chaque kinésithérapeute, dont 90% de non-syndiqués jusqu’à présent, se retrouvera donc de facto syndico-enrôlé-de-force contre son propre souhait mais dépositaire d’un droit de vote pour rendre « représentatif » le syndicat qu’il désire. Ajoutons à cela que, caressé dans le mauvais sens du poil, il n’aura probablement pas forcément à cœur de remercier les deux syndicats, FFMKR et SNMKR, responsables de ces nouvelles et parfaitement nuisibles dépenses…
J’ai bien peur, chers Justin et Nous-voilou, qu’à force d’avoir la bouche plus grosse que le ventre, votre petit tour de passe-passe, loin de faire surgir un lapin rose du chapeau, ne se transforme en plat de fèves…
Personnellement, lassé d’être pris pour un mouton bêlant à tondre, à l’heure du vote, soyez certains que Léon choisira TOUT sauf la Fédé et le SNMKR, quitte à voter pour le syndicat des adorateurs du choux-fleur…
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De son côté, jamais en reste d’intellectualisme pince-doigt et rince-nez en tricorne, cette noble institution ex-gauloise que fut la Société Française de la Kinésithérapie, prise d’un vent de Trudello-folie, s’est massacro-rebaptisée fin janvier 2009, en un autodafé tout anglo-saxo-purificato-rédempteur, en Société Française de la Physiothérapie. Curieux, lorsque l’on sait qu’à part notre ami Pierre, il n’y a pas l’ombre d’un physiothérapeute sur le territoire national… On se dit donc qu’on devrait sans trop de difficultés ni regrets excessifs pouvoir refourguer définitivement ce mémorable consortium - groupement collectif d’intérêts individuels - à nos amis anglo-saxons, voir même aux chinois.
Notre cher ami Pierre Trudelle, le distingué bilingue, l’homme de tous les anglo-saxons-combats, du pacte avec l’ennemie, tant EPPatique, qu’étatique, qu’extra-atlantique, aura cependant été, selon nos sources, passablement déçu de l’accueil un peu « réservé » du pare-terre académique des tous nouveaux pysiothéraputes de luxe à la nouvelle absconse appellation. Il faut dire que l’applaudimètre, avec un tel suppositoire non-glycériné en guise de thermomètre à ambiance, pouvait présenter quelques signes de crispation…
Allez, au-revoir la Société Française, et bien le bonjour à nos amis d’Outre-Manche ! Vous allez vraiment nous manquer…
Mais quelle mouche les pique? Cet anglicisme de physiothérapeute, parfaitement superfétatoire, ne veut strictement rien dire. Ca se la joue prétentiard. Juste que nous sommes des filles et des gars bien proprets sur soi qui ne massent plus - horreur ! Malheur ! - avec les paluches, mais par bidules technologiques interposés (Physiothérapie : utilisation d’agents physiques dans le but de soigner). Qu’on est high-tech, haute-définition, qu’on va pouvoir se la péter sur les plages du Club-Med. D’autant qu’en référence au Grand Sondage des Skuds, 80% de la population professionnelle est farouchement opposé au changement d’appellation…
Mais, comme toujours, nos décideurs pensent mieux et plus vite que la masse grouillante et usinant. Ils savent faire notre bonheur malgré nous…
Pourquoi vouloir absolument et toujours dissoudre le peu d’identité cocardière qu’il nous reste dans la grisaille du grand concert international ? Qu’avons-nous à y gagner à part s’y désagréger toujours plus ?…
Serons-nous meilleurs ni pires une fois devenus physiothérapeutes ?
C’est d’autant plus curieux de vouloir faire référence à la physiothérapie que cette terminologie (et les avantages d’honoraires et de double-cotations qui en découlaient jadis) ont été banni de la dernière nomenclature.
D’autant plus dommageable de lâcher aux esthéticiennes, aux salons de « bien-être » florissants, notre identité revendiquée de masseurs à un instant particulièrement critique des pratiques illégales et des invasions de compétences.
Sûr qu’à présent que nous sommes « physiothérapeutes » nos honoraires et notre lettre-clé vont grimper aux rideaux…
Moi, je dis, quitte à déconner, autant pousser le bouchon jusqu’au bout, au risque de paraître petits joueurs. Je propose donc que l’on rebaptise la Société Française des Chirurgiens en Société Française des Surgeons, celle des infirmières en Société Française des Nurses, celle des podologues en chiropodists et des pharmaciens sans chemist ni pantalon. Pas sûr que ça fasse le buzz dans l’hexagone, mais à l’étranger, quelle pied ! D’autant, et c’est bien connu, que l’essentiel du chiffre d’affaire de nos cabinets se fait à l’export….
Léon Truculus