Le mot de l’équipe d’ « Une expérience sans lendemain ? »
Qui sommes-nous ?

Comme vous, masseur-kinésithérapeutes. Nous sommes le « bas-peuple », la majorité silencieuse, les « petites-mains » natives d'aucune centrales syndicales ni de « leur » Ordre plénipotentiaire. Nous sommes issus d'une simple rencontre épistolaire sur un petit forum professionnel qui, à travers les années de discussions, nous a laissé à tous le même sentiment amer ; sentiment que de manière récurrente sur ce forum, tant chez nos jeunes pousses fraîchement diplômées que pour nos vieilles branches, revenaient inlassablement sur la table les mêmes légitimes interrogations, les mêmes récurrentes rancœurs et les mêmes critiques face à notre métier, à ses incongruités gravées dans le marbre conventionnel, et à ses « institutionnels » syndico-ordinés supposés nous représenter. D'où une sensation d'impuissance, d'inertie, de paralysie du système, allant vers la paupérisation lente mais inéluctable de notre statut, de notre pouvoir d'achat et de nos conditions de travail. Mais aussi, l'évidente impression que les hommes en charge de notre destinée ne sont plus au rendez-vous de nos préoccupations et qu'il n'y a plus de pilote dans l'avion...
Il semble clair que sans un renforcement profond de notre statut, une remise à plat de nos compétences au sein de l'oligarchie médicale, un accessit à l'indépendance intelligemment amené, nous ne survivrons pas en l'état à la prochaine décennie. Malgré nos louables tentatives d'émancipations, le talent de nos nouvelles techniques, nous serons sacrifiés sans état d'âme sur l'hôtel budgétaire de Dame Sécu.
Nous allons devenir pauvres. Très pauvres. Et surtout très « auxiliaires » médicaux. N'en doutez pas. Dans dix ans, vingt tout au plus, sans une mutation profonde, nous serons les O.S. de la médecine, payés au S.M.I.C.
A court/moyen terme, l'objectif de la Politique de Santé que l'on nous oppose est parfaitement identifié ; déremboursement progressif, stagnation de nos rémunérations et castration de nos velléités émancipatrices. L'Autorité ne disconvient pas de notre désir de vendre de la meilleure qualité et ne s'y opposera nullement si, par ailleurs, nous ne contrarions pas ses projets d'« hard discounteur » de la médecine et que nous vendons à perte.
Etre visionnaire, ce n'est pas se précipiter sur l'os que l'on vous jette à ronger, mais entrevoir le dessein ultime qui se cache derrière l'intention de façade. Pour le gestionnaire en budgets d'Etat la médecine est un produit commerçant comme un autre, une ligne de plus sur son histogramme financier. A l'image de ce qui arrive actuellement pour la « para »pharmacie, le « para »médical, tôt ou tard, est destiné à la vente en grande surface à prix fracassés. Tel est l'objectif du législateur et tel sera donc notre destin.
Nous partageons, bien évidemment, ce pessimiste « état des lieux » avec nos représentants syndicaux - qui de sensé n'y souscrirait pas ? - mais nous divergeons profondément sur la méthode à adopter pour infléchir ce déclin « budgétisé » et remettre notre omnibus poussif sur les rails de l'évolution. Penser qu'il y a une légitimité médicale et qu'elle sera spontanément admise et cajolée par nos autorités de tutelle est une erreur de fond et une méconnaissance totale de ce qui se pratique chez nos voisins européens. « On » nous méprise royalement, et penser autrement est faire preuve de candeur. Nos syndicats sont de grands candides.
Que signifions-nous réellement pour l'Etat, un Etat exsangue, à la diète, destiné à se démunir de ses colifichets ? Un métier sub-alterne de la médecine, une nécessité seconde, vécu peu ou prou comme une thérapie de « confort » non-vitale. Comble du luxe ; une profession peu fédérée et donc non-revendicative, en tous les cas peu astreignante d'un point de vue coercitif. Il est inévitable que dans la Grande Brocante actuelle, nous soyons en tête de gondole et bradés à vil-prix...
Notre objectif :
Il ne nous appartient pas d'ouvrir ici un débat philosophique sur le bien ou le mal-fondé de ce type de sociétés marchandes, mais de la comprendre ; « ici et maintenant » nous y vivons, nous y élevons nos enfants, et nous y payons notre E.D.F.. Nous devons y survivre.
L'absence de dialogue et de concertation, récemment mis en lumière par l'avènement d'un Ordre Nouveau dans un « hold-up » tout syndico-cooptateur est devenu tellement patente qu'il nous semblait urgent de rétablir des passerelles d'entretiens inter-confraternels, particulièrement entre le monde hospitalier et le monde libéral dont, pour d'obscures raisons, on entretient l'idée que les intérêts sont parfaitement divergents. Mais également d'extraire chacun de son anonymat esseulé de manœuvrier-en-cabinet ou d'auxiliaire hospitalier afin de pouvoir « ici et maintenant » exprimer ses inquiétudes au grand jour sans devoir en passer par les fourches caudines syndico-cotisantes ou la « stand-up ovation » ordino-contrainte.
Les contradictions de nos représentants, leurs sempiternelles - et assez infantiles en vérités - querelles de clochers, et leur incapacité a unir leurs énergies velléitaires depuis des décennies, nous invitent de notre côté à faire vœu de simplicité. La meilleure manière de trouver le consensus c'est de s'entendre autours de quelques thèmes unificateurs très basiques - treize en l'occurrence - directement issus de nos préoccupations professionnelles quotidiennes, et de cesser de se perdre en conjectures folkloriques.
L'idée nous est donc venue de proposer en contre-pied à l'habitus du directivisme et de la sourde oreille qui « pour notre bien » semblent dangereusement se mettre en place ; un espace de liberté, un « Grenelle » de l'expression et de l'échange autours et pour la profession, s'appuyant sur quelques leitmotivs chers à nous tous et dont nous avons volontairement souhaité limiter le nombre pour plus de lisibilité et afin que chacun puisse s'y reconnaître.
Il nous semble répertorier trois thèmes forts :
- Protection et renforcement de notre statut.
- Pérennisation de notre pouvoir d'achat.
- Evolution vers une plus grande indépendance.
D'une « solution de continuité » totale du dialogue. D'ascenseurs syndico-ordino-étatiques qui gravitent pontificalement dans les hautes sphères nébuleuses sans jamais descendre jusqu'à nos rez-de-chaussée plébéiens. De véritables clowneries du système, que le temps, les fédérations, les intérêts individuels, un pouvoir forcément autiste à notre cause, n'ont fait que ciseler dans le granit solennel et les pompes conventionnelles.
De syndicats nombrilo-représentatifs qui ne représentent plus grand monde à part eux-mêmes, et qui se perdent depuis des lustres en « plans sur la planète », luttes fratricides et appétence de pouvoir.
D'une lettre clé obsolète qui ne nous permet plus de travailler honnêtement, ni de recevoir nos patients dans des conditions valorisantes pour tout le monde ; conséquence, seuls le travail à la chaîne ou - comble de l'absurde - une activité hors-nomenclature, nous autorisent encore à faire face à nos charges et à ne pas sombrer dans la décrépitude progressive de la profession et dans l'appauvrissement de nos familles. « Le meilleur soin au meilleur coût » devient un serpent qui se mord la queue et qui, pour pouvoir l'assumer, nous transforme peu à peu en esthéticiennes ou en déconventionnés de la médecine conventionnelle.
D'une même lettre-clé antédiluvienne, hystériquement fluctuante en fonction des pathologies et des aléas de la Grande Loterie du libellé prescripteur, alourdissant de manière absconse l'administratif de tous.
D'un défraiement kilométrique grand-guignolesque, surtout en ces jours de flambée du prix à la pompe.
D'un manque de perspectives. D'ambitions revendicatives avoisinant l'encéphalogramme plat, cantonnés que nous sommes dans notre carcan de « para »médicaux mais - pire encore - dans une indécrottable « mentalité » de « para »médicaux qui nous colle aux sabots.
Bref, d'un immobilisme certain qui, vu avec un peu de recul, peut ressembler à de la marche-arrière...
A l'heure ou notre profession « explose », investit de par ses si nombreuses compétences tous les secteurs de la santé, du confort et du bien-être, et où nous semblons être à la croisée des chemins de tant d'activités humaines, nous assistons, comme impuissants, à notre déclin progressif, orchestré de main de maître par nos si bienveillants « partenaires » conventionnels. Plus que jamais nous sommes les O.S. de la médecine et considérés comme tels car, plus que jamais, nous en adoptons la mentalité. Kafka, vous avez dit Kafka ?...
L'équipe d'« Une expérience sans avenir ? »
François, MKDE libéral,jamais syndiqué, email
Vorz, MKDE libéral,jamais syndiqué, email
Jean-françois, MKDE libéral, syndiqué depuis un an, email
avec à la fin mars 2009, 135 adhérents et sympathisants.