La logique de l’échec

Publié le par Kiné Skud

 

La chronique 

     de Léon


Acte Un : les syndicats

 

 

 

La considération syndicale repose en France sur une escroquerie institutionnalisée et une manipulation d’Etat. D’où la représentation syndicale la plus faible d’Europe. 

 

Il y a, à la louche, deux génotypes de syndicats, les « représentatifs » et les « non-représentatifs ». Seuls les « représentatifs » sont habilités à parader à la table du législateur et à cosigner, le fusil sur la tempe, les bidules officiels qu’on leur présente.

 

Une fois assis les emmerdes commencent car, là encore, il y a une nouvelle sub-division subtile, les syndicats représentatifs « majoritaires » et les syndicats représentatifs « minoritaires ». Le rapport de représentativité pouvant être de 1 pour 10, afficher neuf gros burnés contre un tout petit émasculé, dè lors tout le monde s’en fout comme de l’An Quarante puisque le pouvoir de nuisance des uns devient de facto celui des autres. Et c’est bien là où l’Etat législatif a fait preuve de toute sa malice de vieux singe : la paraphe d’UN SEUL des syndicats présents, qu’il soit ou non majoritaire, suffit à entériner le décret souhaité (par le seul émissaire gouvernemental en général). 

 

A partir de là nous conviendrons combien il est aisé pour un Etat lambda de jouer sur le lobbying syndical afin de passer « en force » les mesures convoitées. Plaire à l’un, juste à un, même au petit Caliméro de service, à défaut de complaire aux autres, deviendra pour le législateur une sorte de sport national et une arme de division redoutable. 

 

Je me suis longtemps demandé pourquoi le monde des centrales acceptait sans broncher cette sorte d’irrégularité constitutionnelle légalisée, ce camouflet évident à la face de la représentativité ? Jusqu’au jour où j’ai compris que se sont les syndicats eux-mêmes qui en redemandent et souhaitent entretenir cette criante injustice. On n'est jamais sûr de sa pérennité ni de rester le cador du clapier ou seulement de le devenir un jour. Cette capacité de nocivité, le pouvoir de signer « quand-même » et malgré les tatoués en présence, est une sorte de garantie « croche-pattes » qu’on aime à se garder sous la semelle. De cette manière-là, un petit ras-mottes qualifié à la représentativité en passant par les repêchages peut gonfler grave de chez grave le mammouth plénipotentiaire séculaire. 

 

C’est « l’exception française » dont nous nous glorifions et que nous aimons à exporter. La tyrannie des extrêmes, si chère à notre assemblée nationale, où les mouvements marginaux arbitrent par leurs votes 95% de la représentativité du pays.

 

Cette modélisation rapportée à nos deux Laurel et Hardy « représentatifs » de la profession de masseur-kinésithérapeute, la FFMKR (le gros) et le SNMKR (le petit), prend alors toute sa symbolique.

 

L’Etat envers eux use sans compter depuis quarante ans de l’axiome de bon-sens : « diviser pour mieux régner ». Et ça marche du feu de Dieu ! Que ce soit avant, pendant, ou après les rencontres officielles, il est bien rare depuis des décennies que nos deux larrons ne dégainent pas illico la boîte à baffes pour se bourrer réciproquement le mou à la récrée…

 

Les signatures de paperasserie elles-mêmes n’échappent pas au pugilat et transitent inévitablement par les fourches caudines des bastons les plus improbables. Combien de fois en quatre décennies Hardy aura signé des bidules quelconques et foncièrement nocifs pour la profession de simple peur que Laurel le fasse avant (ou sans) lui ? Ou, à contrario, il ne paraphera pas le machin d’intérêt général juste pour faire la farce à l’autre compère ? Nique nique rage !

 

La vendetta ubuesque fait rage…

 

La machine d’Etat à broyer de la représentativité syndicale est donc extrêmement bien huilée. D’autant plus que nos dits syndicats ont chroniquement pris la regrettable habitude de déposer leur encéphale aux vestiaires des ministères.

 

 

 

Sur le lobbying syndical mené grand train par l’Etat, cela tient en quelques mots. Pour entrevoir qui est le « chouchou » des gouvernements, il ne faut pas être grand-clerc, ni pour comprendre qui est aujourd’hui le dépositaire presque exclusiF de la manne Formidablement juteuse de la forMation continue ? Ki a infiltré toutes les arcanes du pouvoiR ? Qui est « le syndicat qui signe tout » ?

 

Je suis taquin…

 

Mais puisque faire simple n’est décidément pas une de leurs vertus premières, nos amis des centrales ont décidé de se compliquer encore un peu plus la tâche. Avec l’avènement de l’Ordre, pur fruit des syndicats, c’est la venue du troisième larron dans la place - et pas du moindre.

 

Je ne doute pas une seconde que certains de nos délégués, parfois chevronnés, aient apporté avec sincérité leur contribution à l’avènement de l’Ordre dans le secret espoir qu’il serait à terme une sorte de « supra-syndicat » chapeautant l’ensemble d’une profession et faisant taire une fois pour toutes les inextricables et infantiles querelles intestines. C’est le miroir aux alouettes de l’intersyndicale.

 

L’idée en soi n’est pas dénuée de sens mais est très candide. Pensent-ils sincèrement ces Jeans que la guerre des Trois n’aura pas lieu ? Lorsque l’on a d’un côté deux bidons syndicalistes de cent litres bourrés d’hormones taurillonnes bouillonnantes à déverser dans une petite bouteille d’Ordrangina, on imagine bien que ça va faire des taches sur la moquette…

 

Bien sûr, pour le moment ça fait la farce (quoi que). L’Ordre a bien des difficultés à s’instaurer. Il est dans une posture ultra-défensive face à une population professionnelle qui très majoritairement le rejette et un Alizé qui lui poinçonne régulièrement le fion. Les petites chenilles syndico-ouvrières sont actuellement toutes affairées à écoper le fond du Titanic pour retarder le naufrage. On ne pense pas, on sape. 

 

Demain, avec l’assise confortée de l’Ordre (si ce jour arrive) les premières distensions intra-organiques, pour ne pas parler de séismes, feront jour et commenceront à ébranler le bananier oligarchique.

 

Trop de chefs potentiels pour si peu de postes à pourvoir. La boîte à claque va ressortir des tiroirs et, cette fois-ci, la valse ne sera plus à deux, mais à trois temps…

 

L’idée d’un « supra-syndicat ordinal » est encore plus hasardeuse lorsque l’on imagine avec quelle aisance le législateur s’en saisit pour affaiblir notre représentativité. Pour illustrer notre propos, nous ne pouvons pas ne pas faire état du coup-fourré malhonnête et assez peu digne du représentant gouvernemental de haut-rang qu’est supposé être le président de l’UNCAM Monsieur Frédéric Van Roekeghem (qui, hélas, est loin d’en être à son premier ballon d’essai). Lorsque à la réunion de début juin il annonça péremptoirement que l’Ordre avait paraphé les référentiels de la kinésithérapie (ce qui est un mensonge) c’est l’ensemble du parterre « représentatif », FFMKR et SNMKR, qui est resté coi, tétanisé et sans réaction. La pilule, tel le suppositoire glycériné, est donc passée dans un silence de nones extatiques. Il faudra attendre le lendemain, et l’affirmation ferme de l’opposition de l’Ordre à ces référentiels (par un courrier de Monsieur René Couratier) pour que nos centrales retrouvent un peu de couleurs et de voix protestataires...

 

Ce que je veux démontrer, c’est que si l’Ordre n’était pas d’ores et déjà conçu par nos leaders syndicaux comme LE « supra-syndicat » de la profession, écrasant tout de sa superbe, que ce dernier paraphe ou non les référentiels n’aurait rien changé à la posture offensive des centrales, et c’est sans doute instantanément que FFMKR et SNMKR seraient montés au créneau pour s’insurger contre le hold-up insupportable de Monsieur Van Roekeghem sur l’avenir de la profession. Car, nous le savons bien aujourd’hui, et les syndicats le savent aussi, les référentiels c’est à terme 35% d’activité en moins pour les kinésithérapeutes…

 

Voilà pourquoi, une fois encore, une fois de plus, je milite pour un Ordre non-syndical et totalement affranchi des centrales. Mais je milite surtout pour des syndicats affranchis de l’Ordre…

 

Quel syndicat pour demain ?

 

Après quarante années de traversée du désert, la plaisanterie a suffisamment duré. Il est grand temps que la profession reprenne en main son avenir, au-delà, s’ils nous y contraignent, des syndicats en place. Il n’y a aucune raison que nous devenions une profession d’O.S. pour la rosette ou la couardise de quelques-uns.

 

 

 

Le syndicat de demain, celui qui triomphera à terme et à coup sûr, sera de toutes évidences un syndicat fédérateur, pacificateur, conquérant et combatif. Il oubliera le « lobbying politique » si cher à Dame Fédé, et si vain, pour un « lobbying d’action et de rue ». 

En France, et c’est bien regrettable, jamais aucune avancée sociale significative ne s’est gagnée sous les arcanes des ministères, mais dans les artères des villes.

 

Il défendra l’idée:

 

D’un Ordre moral et (très) économe.

D’un Ordre indépendant des syndicats, et inversement.

D’une chambre des métiers.

De l’union syndicale.

D’un secteur II. 

De la première intention thérapeutique.

De l’acte unique autours de 20/25 euros. 

A défaut, d’une lettre-clé à 3 euros. 

D’une IFD à 10 euros en campagne, à 5 euros en ville.

D’une rencontre ANNUELLE avec l’UNCAM pour la réévaluation de nos honoraires.

De la disparition des quotas, quelques formes hybrides elles prennent via la HAS et les référentiels.

Du refus de la sectorisation coercitive par la perte du libre-choix du lieu d’installation au profit d’une politique incitative.

De l’abolition des dernières mesures anticonstitutionnelles sur l’ASV..

De la gratuité des études universitaires ouvrant sur le LMD (licence/maîtrise/doctorat).

 

Il exhortera les kinésithérapeutes à descendre dans la rue à chaque camouflet gouvernemental.

 

Ce syndicat-là, croyez-le bien, ne sera plus représentatif à 5% de la profession, comme l’est aujourd’hui notre meilleur « champion », mais à 30%.

 

Nos centrales actuelles sont soit trop aliénées à l’Etat et à l’Ordre soit trop pusillanimes pour défendre encore concrètement la profession. Il faut donc vraisemblablement penser l’avenir « autrement » et sur un autre socle syndical, puisque d’eux-mêmes ces deux-là n’évolueront jamais ni ne saurons raisonnablement s’introspecter. Trop de « passif » et de réflexes archaïques sans doute. 

 

Tout comme pour l’Ordre; qui ne sait évoluer est condamné à disparaître. FFMKR et SNMKR le sont aussi. Mais ils n’en ont pas encore conscience.

 

Nous n’avons rien à priori contre ces deux centrales dites « représentatives », et nous avons même de nombreux amis « lucides » et passablement découragés en leur sein. Je suis intimement convaincu de la nécessité d’une représentation syndicale, si nécessaire, comme un Ordre nous est nécessaire (pour Pierrot le fou, je joue mon joker), mais pas n’importe quel syndicat et pas n’importe quel Ordre. Ceux-ci, avec leurs conflits sempiternels, leurs aliénations, sont vraiment trop immatures et inadaptés.

 

Nous resterons droits dans nos bottes, que cela convienne où non ; nous continuerons de combattre tout sectarisme, toute idée clanique dont l’effet est désastreux pour la représentativité de toute la profession et pour son évolution. Quarante années de marasme sont là pour nous le rappeler…

 

Je n’ai évidemment pas prétention à indiquer à quiconque ce qu’il doit faire ou ne pas faire en son âme et conscience, mais s’il est une chose dont je suis certain c’est que les organisations humaines n’évoluent pas spontanément d’elles-mêmes mais seulement sous la pression populaire. Lorsque nos deux syndicats « représentatifs » chuteront d’une représentativité professionnelle de 10% (situation actuelle) à 5 %, soyez assurés que, de gré ou de force et comme par magie, ils cesseront leurs guerres intestines et infantiles pour faire l’union et sauver leurs fessiers pontificaux. La profession sera enfin unifiée face à un Etat sans concession et sans quartier.

 

Je ne crois pas, je ne pense pas - et même si sincèrement je le regrette - que pour sa pérennité la profession saura faire l’économie de la dissolution et de la refonte de nos deux syndicats « représentatifs ». A eux de nous témoigner, en un délai devenu urgentissime, du contraire…

 

Je vous demande, sans vision partisane, d’y réfléchir.

 

 

Léon Truculus

 

 

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Publié dans Leon Truculus

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K
Ce qu'il manque le plus aux kinés, c'est du réalisme. Il faut sortir des idéaux et des croyances, que ce soit au niveau technique, ou au niveau politique.Je regardais déjà d'un air amusé les kinés qui jubilaient d'avoir un ordre ; ils pensaient qu'il allait les défendre ! Quelle rigolade de voir leur trombine médusée lorsque la facture est tombée, et qu'ils ont compris que comme tout ordre, le notre est là pour faire régner l'ordre ! Si seulement ils avaient pris le temps de voir comment ça se passait dans les autres professions...Pour ce qui est des finances, c'est pareil... l'argent ne tombe pas du ciel !La "couverture" (finances sécu) est de plus en plus petite, il y a de plus en plus de monde dessous (ayants-droit), de moins en moins de monde qui la tisse (cotisants), et tout le monde tire de plus en plus fort (et elle est gérée de manière... "particulière"). Quelles solutions concrètes y a t'il ?- diminuer les dépenses (nos tarifs sont déjà ridicules... ils font de nous de vulgaires techniciens de surface corporelle...)- augmenter les cotisations (les entreprises et les professsions libérales sont déjà taxées à outrance... la proposition de "mains douces" me font bien rire, si elle voyait son URSSAF augmenter encore...) ou trouver de nouvelles cotisations (sur le boursicotage ? mais problème de concurence internationnale...)- diminuer les prises en charge (secteur 2, avec prise en charge par mutuelles, attention aux 10% d'URSSAF en + !!)Personnellement, je suis pour le secteur 2 et pour le tarif conventionné unique (après tout un médecin a un tarif unique quoi qu'il fasse, pourquoi pas nous) sans contrainte de temps. Et hop ! on économise des contrôleurs de cotations à la sécu qui coutent cher ! et on gagne un temps fou en paperasserie ! En contrepartie, on s'engage à faire moins de "marcho-thérapie" ou "d'abonnements à vie", et à se donner des objectifs de résultats datés.Si quelqu'un a d'autres idées (pitié, évitons le "plus de cotisations pour les entreprises")...
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V
Dont acte. La correction orthographique est de ma responsabilité. J'y apporte beaucoup de temps et d'attention. C'est un travail assez conséquent que de rechercher chaque petite faute dans les textes que nous mettons en ligne, les communiqués que nous envoyons par mél. Malheureusement certaines passent à travers. De plus je ne suis pas infaillible...Enfin, à trois, faire vivre ce site ainsi que la création toute nouvelle de kiné@nnonces prend, comment dire?, un certain temps!Pour le texte de la pétition, c'est plus compliqué car il faut passer par l'hébergeur de celle-ci. Ce sera fait.Merci à toi!Vorz
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F
inciteronT, j'ai retrouvé
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F
Quand mes connaissances politiques de la profession me le permettront, je m'y attacherai.En attendant, il serait bon de corriger les deux petites fautes du texte de la pétition. Dans un blog, ce n'est pas très grave , mais dans une pétition envoyée à l'assemblée nationale, c'est autre chose. (quota de séanceS, et une conjugaison en ont en lieu et place de ons, désolé j'utilise un autre ordi et je n'ai pas le texte devant les yeux.)
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R
Merci Ffred pour ces propos critiques et encourageants, bref, tels que nous les aimons.Les Skuds n'ont pas vocation à suplanter les syndicats, même si la demande, surtout de leur part, se fait de plus en plus pressante.Nous espérons juste - et pardon si cela te semble d'une diatribe un peu longue et fastidieuse - apporter notre part de réflexion au chaos actuel.Je te rappellerai simplement cette maxime: "enseigner, c'est répéter"...Tout le monde n'a pas forcément ta vision synthétique et expérimentée du problème, loin de là, car, comme tu le soulignes avec exactitude, la très grande majorité de nos professionnels est "injoignable"...Alors, si tu as une meilleure solution que la nôtre, nous sommes preneurs...
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