Le Cartel
La FFMKR et le SNMKR sont aux mains de l’Ordre. L’Ordre est aux mains de l’Etat. Nous avons donc des syndicats d’Etat, sacralisation terminale d’un processus gouvernemento-centralisateur que même un bolchevique de la première heure, élevé à la mammelle trotskiste, ne renierait pas.
C’est certes le premier pas, mais « le » pas décisif, vers la kinésithérapie libéro-fonctionnaire de ville. De « libéraux » nous n’aurons bientôt plus que le nom et le bonheur insondable d’être une profession devenue enfin « adulte » car parfaitement subordonnée, prophétiquement menée au pas de charge par le Veau d’Ordre vers les maigres pâturages merdoyants , à grands coups de bâtons de Berger pour celui, de Maréchal, que quelques-uns convoitent…
Et ne vous y méprenez pas, au mot d’Ordre « Touche pas à mon Ordre ! », que vous empruntiez les voies de Berge ou les Maréchaux, tous les chemins mènent à la Bour$e, où Notre-$uffisance le bon roi Renié et son sérail pansu, Justin et Nous-Voilou en tête de cortège, ne devraient plus tarder à prendre augustes séants…
Le silence assourdissant, les congés sabbatiques bonifiés de nos plénipotentiaires syndicaux face aux exactions gouvernementales - pourtant pléthores depuis un an - ne sont en rien le fruit du hasard et ne devraient pas cesser de si tôt puisque ce mutisme, cette obédience à l’Etat, sont le prix à payer par l’ensemble d’une profession pour la pérennité de quelques-uns, une poignée de compères en foire ayant mis pattes et griffes sur le tiroir-caisse aux titres honorifiques de la masso-kinésithérapie. Pour en connaître les noms, rien de plus simple, prenez le trombinoscope de la FFMKR et du SNMKR, comptez jusqu’à trente et, à de très rares mais de très appréciables exceptions près, vous obtiendrez le tiercé dans l’Ordre…
Du coté de ces head-offices centralisatrices, sensées - avant Ordino-lobotomisation - défendre la profession, lorsque l’on interroge sur l’étrange attaque de mouche Tsé-tsé dont elles viennent d’être victimes, c’est avec une apathie toute monarchique, vaguement teintée de las dédain, que l’on s’interloque mollement et sans pouffer soi-même : « Comment ? Nous n’aurions pas réagi à l’exaction d’Etat sur l’ASV ? Mais « confrère » n’avez-vous pas lu l’exxxxcellentissime article parut à ce sujet dans nos colonnes ? Il était très fustigeant pourtant, et très trépigneuse du pied, une grosse colère toute rouge, vous savez… ». Et là où jadis sous la harangue syndicale, à l’époque où la profession bénéficiait encore de vrais anges-gardiens, les hordes de Huns auraient déferlé, la morgue aux lèvres, sur le Sénat ne faisant pas de quartier, nos petits cols-blancs épistolaires préfèrent y pousser la bluette de castrats…
Il est vrai - déjà un sénateur chez nos amis - que l’ascenseur ordinal est merveilleusement huilé…
Pourtant, à qui observe un tant soi peu le microcosme effervescent de la kinésithérapie, une évidence s’impose: tant que la Trinité Ordino-Fédéro-SNMKR fonctionnera à plein régime de république bananière, notre profession sera sans défense face à la déferlante des abus d’Etat puisque, sous leur hypocrite déguisement de Zorro rédempteurs, ils n’en sont finalement que les laquais en mal d’Ordino-émancipation.
Et la profession perpétuera sa chute vertigineuse vers la paupérisation lente mais progressive, à grands coups décennaux de non-revalorisation, d’EPP (pieusement et fort diplomatiquement rebaptisée, il est vrai), de petit panier de soins « opposable », de Loi de finance de l’insécurité sociale, d’accords, d’alliances, de compromissions tous azimuts entre nos petits chefs du Cartel, pour ne pas « déplaire » et conserver sa place juteuse dans l’organigramme Ordino-syndical.
Et, puisque l’on en parle, revalorisation de nos honoraires ? Depuis combien d’années n’ai-je pas lu une miette de ce propos dans notre presse syndicale toute occupée qu’elle est par ‘’son’’ Ordre? Le pouvoir d’achat, les obligations conventionnelles ? Oubliés ?…
Ils n’en ont plus rien à battre de nous, en vérité. Seul les préoccupe que vous cotisiez, que vous pérennisiez leur siège, et de ne pas trop déplaire à l’Ordre, donc à l’Etat, donc à leur carrière. Mais, cent fois hélas, ils font (surtout) la pluie et le beau temps sur notre profession, car ils sont ‘’représentatifs’’…
Depuis combien d’année vois-je l’Etat se gausser de notre infantilisme d’ados en mal adultérin de pseudo-médecins, nous balançant en pâture un Os-rdre à ronger tandis qu’il fait main-basse sur nos retraites pour rhabiller ses amis banquiers ?…
Aucun sens visionnaire, aucune hauteur d’esprit, pas la moindre parabole émancipatrice pour une profession, ni chez monsieur Bergeaud, ni chez son succès-damné, l’éternel Poulidor monsieur Maréchal, tout empêtrés qu’ils sont dans leur comptabilité de boutiquiers à la petite semaine. Ils vous vendent de l’Ordre, de l’EPP, comme ils vendraient de la lessive, s’ils étaient blanchisseurs…
Il importe donc, pour retrouver une sauvegarde minimale du métier, un fusible, qu’il n’y ait plus un seul syndicaliste dans les arcanes du pouvoir ordinal, car tant que l’Ordre ne sera pas rendu à la société « civile », donc non-syndiquée, les feux de la rampe étatiques poursuivront d’aveugler nos centrales et nos petits bouffeurs de jetons de présence. Que nos amis syndiqués redeviennent ce qu’ils n’auraient jamais du cesser d’être, le valeureux rempart contre les outrances d’Etat, les conquérants de notre qualité de vie, et non plus ces coupeurs de citrons relégués sur la touche qu’ils sont aujourd’hui…
Qui, aujourd’hui, peut encore exister ou « l’ouvrir » au sein de la FFMKR ou du SNMKR sans être la pom-pom girl hystérique de l’Ordre ?
Certainement pas vous, la base cotisante. Pourtant, dixit notre sondage, vous êtes majoritairement contre l’Ordre. Cherchez le divorce et pour qui il convient de ne surtout plus voter…
Les grenouilles de bénitier
Nous avons les syndicats que nous méritons. Que notre apathie mérite.
Depuis des lustres, par notre indifférence, par notre individualisme, par notre je-m’en-foutisme, nous avons laissé faire, nous avons laissé taire, et abandonné les rènes de notre profession à une bande de larrons syndiqués en goguettes, à peine 10% de la profession, prêchant pour leur seule paroisse.
L’air de rien, et surtout de ne pas y toucher, ils ont laissé nous refourguer sans sourciller onze années de non-réévaluation de nos honoraires (1998), un Ordre contre l’avis de tous, sans aucune assise populaire, et sans doute de constitution illégale (le Grand Sondage des Skuds à paraître prochainement, portant déjà sur 2200 professionnels, démontre sans ambiguïté aucune que l’Ordre actuel ‘’fonctionne’’ avec à peine 22% d’intentions favorables) une obligation de formation continue, l’ex-EPP reprise et ratifiée par le Code de Déconologie (qui en soit serait une bonne chose si cela n’avait pas comme arrière-pensée celle de renflouer les caisses syndicales en nous renvoyant tous sur les bancs de l’école et de leurs formations continues) et un petit panier de soins monéto-opposables (vaste et honteuse fumisterie de l’insécurité sociale, dont l’objectif final est de dé-rembourser, à terme et par étapes progressives, la kinésithérapie, s’appuyant sur la Haute Autorité de la Santé et les travaux vassalisés et foncièrement budgeto-polarisés de l’UNCAM et de l’EPP).
Dernière petite trouvaille de nos juto-compères, mais de taille - puisque la cotisation ordinale est indignement, et de très très loin, la plus dispendieuse du paramédical (75 euros pour les infirmiers, 280 pour nous) - puisqu’il faut bien se loger près de la Bour$se dans des locaux pharaoniques (700 mètres carrés, 43 500 euros de loyers mensuels, 440 000 euros de remise en ‘’Ordre’’ du local) et que la double-gabelle syndico-ordinale plombe un rien l’avenir des centrales sonnantes et trébuchantes; on demande à l’Etat de plancher - ce qu’il fait volontiers et avec zèle pour service rendu - sur un prélèvement obligataire à la source (la source, c’est vous évidemment) d’une cotisation syndicale. Vous allez donc chers amis(e)s non-syndiqués, soit 90% d’entre-nous, le devenir de facto et avoir l’insigne honneur une fois de plus de vous faire piquer vos fifrelins dans la po-poche pour un truc dont vous n’aviez strictement rien à battre…
Pour info, la cotisation actuelle à la FFMKR avoisine les 300 euros. Ce qui, ceci dit en passant, n’explique en rien, aux vues du nombre somme toute assez ridicule de ses adhérents, les incroyables locaux parisiens dont elle dispose. La FFMKR ne vit-elle que de vos cotisation ? Question…
L’Ordre devait-être l’émancipation d’une profession, sa maturité, son accessit vers un statut plus libre et plus indépendant, robuste et crédible face aux institutions de tutelles. Il n’en est rien. Il n’est est en finalité qu’une domestique, la vassalisation absolue à l’Etat, asservissement plombé au statut du paramédical le plus strict, et appauvrissement sans contre-partie aucune de toute une profession au plan de carrière de quelques-uns. L’Ordre, après trois ans d'existence, non seulement n’a pas une fois défendu la profession contre les assauts externes (Staps, dépoileuses, centre de rééducations ‘’ouverts’’ sur la patientèle externe) mais il a participé grandement à sa décrépitude en se contentant le plus souvent d’agresser ses propres pairs (procès de Toulouse). Mais, plus grave encore, l’Ordre a fini d’achever nos syndicats déjà si moribonds et le peu d’esprit contestataire qui les habitait encore, en aspirant les cervelles revendicatrices vers les Hautes Fonctions ou le silence ordino-contraint…
Fenêtre sur cour(atier)
Le constat est effrayant.
Après seulement trois ans d’existence, trois ans à s’entendre marteler sans cesse par les syndico-carpes, les groupies inconditionnelles : « A présent avec l’Ordre nous sommes une profession adulte! Vous allez voir ce que vous allez voir et tout ce que nous allons faire pour vous, pour la défense de la profession ! » nous ne voyons rien venir, strictement rien, désespérément rien…
Certes nous voyons gamelles sur gamelles, fautes de goût et de communication invariables, brutalité, autoritarisme, autocratie, des hommes se castagner incessamment (rien de neuf sous le soleil), balourdant dispendieusement par les fenêtres nos cotisations pour leur petit confort de hobereaux en virée mondaine à la Capitale, des ego hypertrophiés (rien de neuf sous le soleil), des syndicats bâillonnés, réduits au mutisme, corrompus à l’aune ordinale, des parrains du Cartel prêts à vendre la peau de toute une profession pour sauver la leur et l’aspirateur à particules élémentaires sociales, des réductions de plus en plus significatives de nos droits, de nos libertés, et de notre pseudo statut de ‘’libéraux’’, des petits affriolés de la médecine, devenus pour leur propre compte, et assez lâchement il faut bien le dire, ‘’physiothérapeutes’’, petits princes préchi-préchants de la formation continue qui, au nom de la sacro-sainte ‘’émancipation par la rédemption technologique’’ font le jeu de l’anthropophagie d’Etat en toute insouciance, alors qu’eux-mêmes ils se cassent presto par la porte de service…
C’était pas bien masseur-kinésithérapeute, Pierre ? C’était avilissant, dégradant, pas cool sur la carte de visite auprès des gonzesses du Club Med ? Demande-t-on à un maçon de devenir architecte, et à la grenouille d’être plus grosse que le bœuf ? Lorsque je lis ta revue scientifique tout nouvellement remastorisée high-tech, j’ai la sensation de parcourir une notice de centrale nucléaire en cyrillique. Suis-je, après vingt ans de bons et loyaux services, un diplôme en ostéopathie en poche, à ce point largué ? Pourtant je soigne, merde, et mon cabinet est plein à craquer ! Si j’étais nul, dans le tout petit landernau qui est le mien, ça se saurait pourtant, non ?!?… Pierre, tu aurais dû moins jouer avec ta game-boy ado, faire tes devoirs et médecine, au moins tu nous aurais un peu lâché la grappe…
La profession, dans ce qu’elle avait de ‘’libéral’’, donc de libre, d’entreprenant, va s’éteindre. Nous serons des fonctionnaires de ville, probablement sectorisés au sein d’une enveloppe de salaire parfaitement contrainte et budgétisée. Mais de parfaits petits fonctionnaires il faut dire, bien aux Ordres, lui-même bien à ceux de l’Etat, sans aucun avantage (garantie de l’emploi, congés payés, congés maternité, arrêt maladie, RTT) mais avec tous les inconvénients (insécurité, un salaire maximum mais pas de salaire minimum, cotisations à l’URSSAF proportionnellement bien supérieure à celle des médecins, pas d’allocation chômage). Ca n’est plus qu’une question de paire d’années. Allez, je mise sur deux ! L’Ordre, en tous les cas l’ossature absconse que nous lui connaissons aujourd’hui, en aura été le fossoyeur en chef, largement épaulé en cela par des hommes de peu de sens visionnaire, des amblyopes décisionnaires, hélas, par un avatar de circonstances malheureuses, aux commandes actuelles de nos deux syndicats dits ‘’représentatifs’’, mais qui, en réalité, ne représentent plus surtout qu’eux-mêmes, l’Ordre, et leurs propres intérêts.
Avant l’avènement de l’Ordre en 2006, les syndicats de la masso-kinésithérapie n’avait aucun poids, et c’était très bien comme ça, car ils étaient parfaitement à côté de la plaque et inefficients. Ils pesaient peanuts, à peine 10% de la profession, se querellaient sans cesse, se ridiculisaient souvent, n’obtenaient jamais rien, gagnaient d’incessantes batailles mais perdaient toutes les guerres, et tout le monde, à raison, s’en foutait comme de sa première chemise, l’Etat en premier…
Aujourd’hui, revanche de Johnny-la-honte, l’Ordre a doté ces syndicats d’un puissant pouvoir législatif, d’un bras lourdement armé et d’une liberté de déconnance laissant ainsi libre-court aux imaginations les plus délirantes, les plus immatures, tant partisanes que malsaines, et offrant le gouvernail d’une profession à la dérive à une poignée de marins d’eau douce. C’est la débâcle, camarades…
Personnellement - et une fois n’est pas coutume, j’invite ouvertement au maquis - je ne paierai jamais cette cotisation aussi obligatoire advienne-t-elle aux syndicats, jamais je ne serai enrôlé de force dans leur galère et leurs pensées psychorigides, car je ne veux en aucun renforcer le pouvoir d’institutions qui ont directement et indiscutablement participé, via l’Ordre, à la déchéance de toute une profession.
Notre-$uffisance, messieurs Justin et Nous-Voilou, les chefs du Cartel syndico-ordino-juteux, peuvent faire leur numéro de claquettes épistolaires tant qu’ils le désirent, inviter bassement leurs chiens mordeurs (car lorsqu’on est ‘’chef ’’ on laisse la basse-besogne aux autres, n’est-il pas Triste Sir ?) à trouver la ‘’faille juridique’’ pour abattre les pétitions des Skuds - revendications d’intérêt public et de défense d’une profession qui devrait être pourtant, si nos syndicats n’étaient pas aussi lâches, les leurs - leur implication dans la décrépitude de toute une profession est indéniable.
Quitte à être pris pour des c…, kinésithérapeutes bêlants et cotisants que nous sommes, autant que cela se fasse dans la joie et la bonne humeur, et, à défaut d’être à l’honneur, à ces messieurs nous offrirons au moins le bras. A l’heure des vaches maigres qui se profilent, ne dit-on pas qu’un rire vaut un bon steak ? Et qui d’Ordre dîne ?…
Léon Truculus


