Tout ce que vous aimeriez savoir sur les « institutionnels »...
..... sans avoir jamais osé le demander.
Il faut déjà, pour bien saisir le paysage, comprendre que nous allons parler de peanuts d’entre nous, le bord de l’assiette, l’épaisseur du trait. A peine 10% de notre population professionnelle est affiliée à une quelconque structure, une misère en somme puisque les 90% restants ont pris le maquis et se refusent farouchement à confier leur avenir à des personnes incertaines, peu ou mal identifiées, aux motivations contradictoires et souvent belliqueuses et dont, pour parler franchement, la plupart d’entre nous s’indiffère comme de sa première chemise. Seules, ces personnes, s’auto-investissent d’une importance. Importance qu’elles ont, en réalité, et c’est bien ça le drame…
Rien que le chiffre des non-syndiqués de notre profession devrait les inviter à un peu d’introspection. Mais cela n’invite pas...
Hélas, ces gens font notre destin, notre salaire, nos conditions de travail. Destin qui, hélas encore, passe souvent au tamisage du leur propre.
Pour les 10% qui restent et « défendent » la profession de masseur-kinésithérapeute, vous avez essentiellement deux syndicats majoritaires, deux sumos qui se tiennent à très peu de kilos près, se tirent une bourre antédiluvienne, et se collent des peignées à chaque récrée ; la FFMKR et le SNMKR. Le ridicule de la situation, l’omerta fratricide, le comique de répétition de ces deux frères ennemis ne semblent pas les interpeller plus que cela. C’est risible, c’est du grand guignol, ça se fait des crocs-en-jambe à la moindre occas', ça freine toute évolution possible de la profession et ça fait 30 ans que ça perdure, mais ça n’interpelle pas...
Viennent ensuite d’autres syndicats dits « minoritaires » ; Alizé, SNKG, Sud, etc.… qui fleurent bon la soupe au pistou et les traditions régionales ou le coup de gueule réactant, et qui n’ont qu’un rôle - et c’est à regretter tant le bon sens « populaire » semble souvent venir de chez eux - de vibrions consultatifs, uniquement par journées de grand vent et lorsqu’on sort les bêtes aux pâturages. Ils n’ont aucun pouvoir d’opposition, d’embarras, donc, en un mot comme en cent, tout le monde, sumos et Pouvoir en tête, s’en balance comme de l’An 40…
La FFMKR
C’est l’usine à gaz, modèle bolchevique par excellence de l’industrie lourde stakhanoviste, avec pognon sur rue, association agrée, presse, formation continue, politicards « in the fouille », directeurs d’écoles privées, bref, une vraie petite multinationale juteuse à souhait avec conglomérat d’intérêts privés. In-ébran-lable ! Son golden boy incontesté, qui aura signé son intronisation en virant maints effectifs salariés ou mandatés - ce faisant au passage plein de potes qui lui vouent à présent une inconditionnelle reconnaissance - règne d’une main de fer sur la Bergeaurie. C’est le seigneur des agneaux, bêlants et obséquieux sous le bâton de berger.
Mépris pour la plèbe et langue de bois obligent, et élément ô combien significatif, c’est le seul de tous les présidents de syndicats qui n’acceptera jamais de répondre au petit questionnaire des Skuds, dès fois qu’un peu de vérité et de transparence ne fassent jour.
La nitescence, ce n’est pas son fort à notre Justin Bridou...
Cette fédération a tissé avec un égal bonheur des liens extrêmement étroits avec le Pouvoir en place, les Pouvoirs pour être exact, quels qu’ils soient, de gauche ou de droite, gageons également qu’il en serait ainsi pour les adorateurs de l’oignon s’ils avaient été élus. Elle a « l’oreille » atone de l’Etat et, service pour service, en est surtout la voix tonitruante. Elle prône le « dialogue » autant dire le « monologue » avec les institutions de tutelle, quitte à donner notre chemise, mais seulement la nôtre, jamais la sienne, à de pauvres gens heureux. Elle fait parfois un « gros yeux » épistolaire dans ses colonnes, littérature pléthorique inondant la profession, quand le gouvernement va vraiment trop loin et que ça devient gravement trop patent pour tous, gravement trop grave, électoralisme oblige, mais c’est juste pour donner le change, c’est un « gros yeux » pour rire, une colère d’opérette, un trépignage entre gens de bonne connivence. C’est de la grosse poilade chez les gens de pouvoir.
Quoi qu’il en soit, la « Fédé » c’est le vrai « patron » de la kinésithérapie française. Elle fait la pluie et le beau temps chez vous. Votre lettre-clé, sa revalorisation (?) depuis des lustres, c’est elle ; fruit de sa pérennisation, de sa connivence, face aux gouvernements successifs. Chacun jugera…
Elle refuse, par philosophie interne, ou absence de philosophie s’est selon, toute politique de « main tendue » aux autres syndicats, qui eux pourtant, tel le SNMKR encore dernièrement, n’y ont pourtant pas fait défaut à de nombreuses occasions. « Table ronde » qu’elle repousse d’une main dédaigneuse, même - et peut-être surtout ?- au nom de l’intérêt commun. Elle honnit comme peste toute idée, aussi enthousiasmante soit-elle, dès l’instant qu’elle n’est pas manufacturée et estampillée dans son usine à pétrodollars.
De notre petite fenêtre, nous remarquerons, en tant que Skuds, que c’est le seul syndicat national (exception faite de sa méritoire et courageuse décentralisation des Bouches-du-rhône et qui doit à présent être tombée en disgrâce) qui n’aura pas soutenu, ne serait-ce que moralement, ni surtout relayé, notre modeste pétition pour l’ASV…
Le SNMKR
C’est le Poulidor de service. Toujours second. Cela a fini par développer chez lui une sorte de complexe d’infériorité, finalement assez justifié aux vues du score en championnat. Jamais un but à l’extérieur… Pourtant sa vision est plus revendicatrice, plus réactive, plus spontanée, plus épidermique, plus proche des réalités de terrain, probablement moins obséquieuse et moins compromise financièrement face à un Etat constitutionnellement sourd aux préoccupations du kinésithérapeute. En un mot, ses engagements monétaires sont sans doute un peu moins liés aux bon-vouloir d’un gouvernement plénipotentiaire et aux nécessités serviles de la Cours de Versailles à devoir à tous prix plaire au Prince...
Il est, si l’on peut dire les choses ainsi, plus « libre » économiquement et spirituellement pour défendre notre point de vue. Mais cela reste, malgré tout, à entendre avec une extrême prudence ; l’équilibre reste fragile et le désir d’être khalife à la place du khalife, assez prégnant en son fort intérieur, peut nous réserver de bien désagréables retournements.
Ses lettres de noblesse viennent fictivement de s’obtenir dernièrement du fait de l’accessit à la gérance de l’Ordre d’un de ses membres, M. René Couratier. C’est oublier pourtant le nombre incalculable de concessions fait à « l’autre » pour parvenir à cette maigre distinction.
Mais c’est un secret de polichinelle qu’il convient de ne surtout pas ébruiter...
Cependant, il est certain que si le destin de notre lettre-clé avait été entre les mains du SNMKR, nous n’en serions peut-être pas plus avancé pour autant mais probablement plus réactifs et nous descendrions plus souvent dans la rue face à l’indécence d’Etat.
Nous souhaitons au SNMKR de toujours rester l’éternel second, il en restera ainsi moins compromis et moins redevable. C’est une chance pour lui, dont nous ne sommes pas certains qu’il ait parfaitement goûté toute la saveur et la plénitude...
Mais, énorme point noir de ce syndicat, il a tout de même un léger souci avec le participatif. C’est un parti autocrate - et il faut toujours craindre comme la peste l’autocratie - où seul le « bureau » soit une poignée de « décideurs » arrêtent les options à suivre au mépris de ses adhérents qui, on se demande encore pourquoi, continuent malgré tout d’adhérer pour n’avoir jamais voix au chapitre... Mais gageons, ou espérons, que cela changera pour le mieux être de tous.
Moi, personnellement, un lascar qui me demande d’adhérer à son business et de lui envoyer mes thunes sans jamais solliciter mon avis, ce serait vite vu…
L’Ordre
Bon, çà au moins c’est la partie cocasse de l’organigramme.
C’est la foire d’empoigne au couvent des Capucins, la bataille de Vache qui rit à la fin de la cantoche.
Un coup c’est toi, un coup c’est moi. C’est le big deal, le repos du guerrier, de nos deux ligues majoritaires, la terre d’asile des syndicalistes fatigués par les belligérances fratricides. Un bâton de pèlerins pour tous ceux qui ont traversé trop de déserts et reviennent du front. Ils ont le goût certain du confort. Le luxe ostentatoire - honteux ! Ne mâchons pas nos mots - ne leur fait pas peur et ne leurs semble pas un luxe, se nourrir sur la bête non plus, après tant d’efforts au chevet d’une profession agonisante, ni 700 mètres carrés en plein Paris pour déposer leur paquetage de poilus éreintés.
Mais ils sont vieux et fatigués, un tantinet parasites du système, malins comme des singes, nous sommes jeunes, insouciants, idéalistes et productifs ; respect gardé pour l’expérience qui récolte les fruits de notre propre inconséquence…
Les guerres intestines ne cessent pas pour autant au sein de leur nouveau sérail, mais elles se tamisent grandement sous les moquettes feutrées et les dorures. Dur dur de s’engueuler la bouche pleine de petits-fours…
Quel repos pour des oreilles si rudement malmenées par tant insultes pré-séantes, de réunions syndicales enfiévrées et tardives, de temps pris sur les familles, d’altercations de rue, de colleurs d’affiches !
On aimerait bien, vieux réflexe épidermique de syndicalistes sur le retour, encore faire un petit rien pour la profession, mais là vraiment, noyés entre deux coupes de champagne et une lassitude vieille de mille ans, on laisse le truc se débiner solo, on fait des bulles pontificales.
Sûr qu’ils ont tiré à la belote celui d’entre eux qui a pondu l’illustre « Code de déontologie » !
De plus, après 20 ans au service, parfois sincères à ses débuts, d’une profession si atone, si ego-centrée, si amorphe, ça lessive. On se dit « A quoi bon, ce sont des veaux ! Ils n’ont que ce qu’ils méritent, moi je me tire par la porte de service en emportant les savonnettes ! ». On aurait sûrement, en son temps, voulu faire des trucs, des machins, des bidules, secouer le bananier, de grandes réformes, diriger la kinésithérapie vers ses lettres de noblesse, mais là bon, c’est la fatigue des yeux de la tête de la vie du monde, l’effondrement des hormones, la ménopause des idées, on est quinqua, sexta, on rêve d’une bicoque paisible sur les bords de Guernesey et de faire flotter tranquille le bouchon sur les eaux paisibles.
Patron ! Y’a plus de cahouettes ?…
La HAS
Ca commence pareil, avec un « H », « H » comme Honte ; Honte-A-Soi. Honte à elle surtout, et à ceux de nos soi-disant « confrères » qui s’y compromettent activement et nous poignardent dans le dos pour une misérable chaire au ministère.
C’est le vert dans la pomme. Le serpent d’Eden. La perfide.
Scalpel d’Etat par excellence, son rôle mielleux et fallacieux est de « liquider » le dossier kiné à vil prix. Obtenir à terme le déremboursement d’une quasi-majorité de nos actes et mettre sur la paille des milliers d’entre nous, coupes sombrent du budget gouvernemental obligent, dans les délais les plus brefs. Pour parvenir à cette nauséeuse fin pécuniaire, elle s’adjoint les services de quelques candides de services triés dans nos rangs, des intellos guillerets en mal d’ego et de reconnaissance personnelle, friands de réunionite, dont on voit la photo partout, de Rennes à Aix-la-Chapelle, avec ou sans lunettes mais toujours lourd pré-supposé d’auto- préexcellence, qui nous expliquent, sans doute en toute bonne foi et en toute amitié qu’on est des manuts sous-formés. Ce faisant, nos « confrères », bien sûr innocemment puisque ce sont des candides indécrottables, s’aliènent et nous aliènent au jeu de la férule d’Etat, mais, comme tous candides, ils ont été caressés dans le bon sens du poil et ils deviendront les plus croisés d’entre les croisés jusqu’à nous brûler tous sur le bûcher en un autodafé purificateur, s’agenouillant devant « l’Ere Nouvelle de la kinésithérapie » dont ils seront eux-même absents.
Des carcajous vaniteux, en vérité.
La HAS est grande copine avec la FFMKR grand Rapetout de la formation continue, normal direz-vous, et obtient son discret, mais inconditionnel soutien. Car qui dit indigence professionnelle, stigmatisée à la sauce de la médiocrité technologique, dit monnaie sonnante et trébuchante sur les bancs de l’école post-graduée pour nous sortir la tête de l’eau. Et le post-gradué, s’il y a un truc qu’elle sait faire juter la FFMKR, c’est bien çà…
Je ne veux même pas connaître le nombre d’enseignants, de professeurs d’écoles privées qui allument chaque soir un cierge à l’icône de la virginale HAS pour pérenniser leur avenir au détriment du nôtre… ni même combien d’entre eux, pour autant qu’ils le soient, est syndiqué ailleurs que chez Bonne Mère FFMKR…
Vous et moi
Ensuite, il y a 90% d’arpètes non-syndiquées, toi, moi. Une force inertielle, silencieuse, colossale. Des lardus et des mecs biens, du n’importe quoi et de la grande et belle kinésithérapie, des bouffeurs d’AMM à la petite semaine et des Seigneurs de l’Art, devant subir d’égale manière, en aveugle, sur leur pouvoir d’achat l’ego hypertrophié ou la vénalité d’une poignée de compères.
Axiome de Léon :
Dès qu’un syndicaliste ne tire pas 90% de son chiffre d’affaire de son activité de masseur-kinésithérapeute, il ne peut plus être crédible envers la défense de sa profession.
Corollaire de l’axiome de Léon :
Et pas un seul de ceux-là qui prétendent nous représenter au plus haut niveau peut se glorifier aujourd’hui d’encore dépendre financièrement de notre profession.
A bon entendeur…
Léon Truculus