Invité: M.Lantz du syndicat ALIZE
Monsieur Didier LANTZ,
Vous êtes impliqué dans le développement du très récent syndicat Alizé qui bouscule depuis peu le petit monde ronronnant de la kinésithérapie et défraie la chronique. Vous vous êtes particulièrement illustrés par votre opposition farouche à l'instauration d'un Ordre des kinésithérapeutes, en tous cas selon ses modalités actuelles, en participant même à l'ébranler suffisamment pour le faire reculer sur certains points. Pourtant, passé l'effet de surprise et le capital sympathie dont vous jouissez auprès de la profession par votre dynamisme, certaines questions de fond commencent à faire surface et à vous placer face à vos responsabilités ou, selon certains, à vos irresponsabilités. Le temps semble être venu de faire le point sur la nature exacte de vos motivations.
1. Pourriez-vous, en quelques mots, nous retracer l'historique de votre très jeune syndicat ?
Parallèlement au développement de la coordination des kinésithérapeutes salariés, les kinésithérapeutes de l'AP-HP sont progressivement entrés en opposition au fonctionnement de l'ordre. Au cours d'Assemblées Générales, des confrères libéraux sont venus nous rejoindre car nous partagions les mêmes préoccupations. Un petit groupe de réflexion regroupant les deux exercices s'est constitué et nous avons à partir de l'automne 2007 commencé à envisager la création d'une structure. La décision fut prise en décembre de se lancer dans l'aventure. Nous nous sommes rapprochés des responsables de la coordination et nous avons, début 2008, décidé ensemble de prendre un statut de syndicat. La décision n'était pas facile car nous n'avions aucune expérience du syndicalisme, je ne parle pas de militantisme, mais comme le fait de ne pas avoir l'étiquette syndicale nous était systématiquement opposé, nous l'avons fait ! Et ALIZE est né début mai avec l'originalité du premier syndicat professionnel regroupant salariés et libéraux. Les membres fondateurs sont 2 libéraux et 2 salariés. Et le bureau est constitué par des représentants des deux exercices.
2. Au juste, que reproche Alizé à l'Ordre ?
Probablement des détails si nous nous plaçons du coté ordinal !
Mépris, aveuglement, luttes intestines, folie des grandeurs, ...
Super syndicat dédié à une vision sectaire exclusivement tournée vers l'exercice libéral. Non, pardonnez moi ! Vers un exercice libéral particulier auquel la majorité des confrères n'adhèrent pas.
Leur logique et les priorités de l'ordre ne répondent en rien à ce que nous pensons des valeurs de la kinésithérapie, de ce qu'elle représente et des perspectives qui lui ont toujours été refusées quand ces élus étaient à la tête des syndicats libéraux.
Quant à leur probité et leur honneur, sans commentaire !
Et les plaintes déposées et celles qui le seront bientôt seront une fin de non recevoir pour bon nombre d'entre nous.
3. Beaucoup de pays occidentaux (kinésithérapeutes) et Anglo-Saxons (physiothérapeutes) possèdent un Ordre de longue date et semblent ne s'en porter que mieux aux vues de leur statut et de leur crédibilité, voir de leurs honoraires. En conséquence, certains vous reprochent d'être les fossoyeurs de la profession et de mener un combat rétrograde ?
Beaucoup est très exagéré. Il y en a quelques uns. Et il est évident que l'existence, dans ce petit nombre de pays, de ces structures est un argument largement développé, y compris par les pros ordre infirmier, pour prôner les avantages extraordinaires qui en résulterait en France.
S'il est exact que sous d'autres cieux des structures fédérant les professionnels existent et semblent fonctionner, ceux qui les érigent en modèles « fabuleux » et incontournables, oublient volontairement de dire toute la vérité.
La culture, l'environnement, les représentations identitaires des pays ciblés n'ont rien de commun avec ce que nous connaissons en France.
Les études sont universitaires et reconnues à un niveau plus élevé qu'en France avec possibilité d'évoluer dans les carrières professionnelles ou les orientations disciplinaires. Les portes des doctorats dédiés sont accessibles, la formation, la recherche professionnelle, sont aux mains des professionnels.
Les relations entre professions ne sont pas basées sur une référence hiérarchique comme en France où le Médecin sait tout, dirige tout. Mais sur un partenariat où chacun apporte ses compétences.
Les évolutions sociétales ne sont pas les mêmes et cela fait toute la différence.
Les « pros ordres » oublient également qu'en France, les ordres ont d'abord été instaurés pour servir le pouvoir en place. Demandez aux avocats qui ont le privilège d'avoir l'ordre le plus ancien.
Ils évitent de dire que les professions qui avaient des ordres, avaient déjà un cursus universitaire, la maîtrise de leur formation, de leur recherche, c'est-à-dire une autonomie professionnelle, avant de « constituer » leur ordre. Des études sociétales en attestent. Ce ne sont pas les ordres qui font « l'autonomie » des professions mais les professions autonomes qui « engendrent » les ordres, organismes d'exception qui cumulent l'ensemble des pouvoirs. Rien de démocratique dans cela. Rien en faveur du développement des professions.
Ces mêmes évitent de parler des professionnels, qui sans ordre, ont progressé en reconnaissance et en autonomie, beaucoup plus vite que les kinésithérapeutes dès qu'ils ont eu une formation initiale universitaire. Nous les connaissons, nous avons partagé les mêmes « débuts » et maintenant ils font leur entrée dans les hôpitaux et centres de rééducation alors qu'ils ne sont pas profession de santé. Vous avez reconnus les STAPS.
4. Dissolution ? Aménagements ? Que souhaitez-vous exactement qu'il advienne de cet Ordre ?
Si nous étions dans une ligne modérée il y a encore quelques mois, actuellement avec tout ce que nous avons découvert, de jour en jour, sur le fonctionnement de l'ordre dans sa structure actuelle, la dissolution serait certainement bénéfique pour la profession. Cet ordre est tellement mal parti que cela va laisser des traces indélébiles. Et nous pouvons penser que, comme l'ordre des médecins et actuellement celui des pharmaciens, celui des kinésithérapeutes fera la une des médias pour le pire de la profession.
5. Quel serait à vos yeux l'Ordre « idéal » si tant est qu'il en soit un pour vous ?
Je vous propose d'aller sur www.alize-kine.fr et de lire dans la rubrique projets du syndicat le texte : « Si nous devions avoir une structure nationale fédérative, qu'elle pourrait-elle être? »
Pour résumer, il est essentiel et indispensable de modifier la structure et le fonctionnement par quelques points incontournables :
- deux collèges autonomes avec représentativité paritaire entre collège libéral et collège salarié,
- cotisations plafonnées réglementairement à 1 pour 1000 du revenu professionnel imposable,
- suppression du niveau départemental.
Peut être aussi de porter un autre nom !
L=implication des élus doit être basée sur le principe du bénévolat et les élections sur le suffrage universel.
Mais nous ne nous opposerons pas à la cotisation non obligatoire basée sur le volontariat d'inscription ou à l'abrogation de la loi portant création de l'ordre des kinésithérapeutes.
Nous pouvons aussi estimer que le Haut Conseil des professions paramédicales, s'il regroupait l'ensemble des acteurs, et pas un nombre limité choisi par la Ministre, et s'il avait véritablement un pouvoir décisionnel, pourrait, profession par profession, être un outil intéressant.
6. En ces temps particulièrement périlleux pour la profession, ne pensez-vous pas qu'une structure forte et unifiée, rôle que ne savent plus vraiment assumer nos syndicats, soit le meilleur garant de la pérennité de notre profession face à un Etat plénipotentiaire et résolument hostile ?
Une structure forte et unifiée serait certainement un avantage mais ce ne serait qu'un des éléments pour garantir le pérennité de notre profession. Regardez ce qui se passe du coté des médecins de médecine physique et de rééducation, les MPR. Il y a quelques années il était possible de penser que leur existence, exception française, était comptée. Et finalement ils ont une présence et une influence certaine alors qu'ils sont peu nombreux. Comme médecin ils sont soumis à l'ordre des médecins. Mais ce n'est pas l'ordre des médecins qui fait leur influence. Ils ont un système structuré pour réaliser un lobbying puissant. Une société savante, un syndicat spécifique, un collège des enseignants, des associations en fonction de « spécialités », le tout en lien dans une fédération qui tisse des rapports internationaux. Il y a fédération des différentes structures complémentaires, une cohérence stratégique et une pertinence des actions menées. Et tout ceci ce réalise sans l'ordre.
L'ordre des kinésithérapeutes, comme tous les ordres en France, n'a pas de rôle fédérateur de la défense de la profession en terme d'évolution mais a, et aura, un rôle de contrôle, de police, de régulation d'installation, de vérification que les directives des tutelles comme la HAS soient appliquées même si les professionnels estiment qu'elles sont mauvaises.
7. Le Président de L'Ordre M. Couratier, récemment interrogé dans nos colonnes, reproche à Alizé d'être un « puits sans fond » de revendications qu'aucune avancée ou marque de bonne volonté ne comblent jamais. En un mot, d'être des « opportunistes » ?
Monsieur COURATIER peut dire ce qu'il veut. Nous avons des preuves que toutes les propositions faites par ALIZE ont été rejetées par l'ordre. Y compris celle de travailler ensemble sur la refonte de la structure et de porter ensemble le projet au Ministère. Les dirigeants de l'ordre sont trop attachés à la représentation sociale que leur confère le statut d'élu, à leur pouvoir, et à la doctrine des « concepteurs » de l'ordre. Je rappellerai ce que, il y a 20 ans, lors d'une réunion à laquelle j'étais invité et où la FFMKR m'a présenté le projet de l'ordre, leurs représentants ont déclaré. Quand je leur ai dit que leur conception n'était pas celle d'un double exercice mais la traduction du seul exercice libéral basée sur le pourcentage de professionnels. La réponse était sans équivoque : « Nous, nous savons ce qui est bon pour la profession, nous sommes les plus nombreux, l'ordre c'est nous, c'est à nous de diriger l'ordre ! »
Et malheureusement l'esprit est toujours le même. Si ces personnages avaient vraiment l'intention de tendre la main et de faire des efforts nous ne serions pas dans une situation aussi dramatique pour la profession.
8. Selon vous, pourquoi les salariés se sont-ils d'avantage mobilisés contre l'Ordre que les libéraux ?
Deux hypothèses principales me viennent :
- les salariés sont rarement isolés,
- les libéraux ont « l'habitude » de tellement payer pour travailler que quelques centaines d'euros en plus, pouvant être déduits en frais professionnels... alors ils ont signé par défaut.
9. On dit d'Alizé qu'il est devenu au fil du temps un syndicat de salariés. Pourquoi Alizé mobilise-t-il davantage aujourd'hui le monde salarial que le monde libéral (rapport de 1 pour 10) ?
Les hypothèses en réponse à votre précédente question sont transposables. De plus les réseaux salariés permettent une diffusion rapide alors que pour toucher les libéraux, qui pour beaucoup ne voient plus le jour tellement leurs conditions d'exercice sont délirantes il faut du temps et des moyens importants.
De plus, les kinésithérapeutes, professionnels « indépendants » quasiment par principe sont, et de tout temps, très peu syndiqués.
Il est également possible de penser que les salariés attendaient un syndicat professionnel alors que les libéraux ont plutôt des réticences syndicales compte tenu des exemples qu'ils ont depuis des années.
10. Quelles sont les grandes souffrances du monde salarial qui expliquent aujourd'hui un tel « ras-le-bol » de la profession hospitalière ?
Vaste sujet !
Pour essayer de simplifier disons qu'il y a accumulation.
Absence de reconnaissance, recul de la place de la kinésithérapie, dégradation des conditions de travail, absence de moyens, progression de carrière quasi inexistante, ...
Ajoutons : que le tutorat n'est pas reconnu, le travail d'encadrement semblant être un dû que les salariés doivent aux étudiants et aux IFMK, que le projet pédagogique des lieux de stage clinique est ignoré, dédaigné, par les IFMK, ...
Alors que depuis des années les solutions sont connues, faciles à mettre en place mais la volonté politique, pour le bénéfice des patients, n'existe pas car nos dirigeants pensent que ne plus avoir de kinésithérapeutes dans les hôpitaux, et fermer les centres de rééducation faute de personnel, entraînera des économies !
11. Vous avez été largement décriés et montrés du doigt pour le trouble causé auprès des étudiants et du bon déroulement de leurs examens. La fin justifie-t-elle tous les moyens ?
Malheureusement en France, oui !
Les politiques nous l'ont encore déclaré. Seul le rapport de force fera évoluer les choses ! La France, et nous avons l'impression que cela s'aggrave, tant qu'il n'y a pas un « emmerdement maximum », des milliers de citoyens dans les rues et les médias pour attiser le feu, au mépris de la démocratie, on adopte et on laisse des lois que les intéressés estiment mauvaises.
C'est avec beaucoup d'hésitations, plus de six mois, que les kinésithérapeutes salariés, de l'AP-HP, ont décidé d'utiliser cet ultime moyen de pression que celui de ne plus encadrer les étudiants pendant leurs stages cliniques. Notez que cette action, déclenchée début janvier 2008, et qui a été suivie un peu partout en France, l'a été 5 mois avant la création d'ALIZE.
Quant au bon déroulement des examens pour le DEMK, ne faites pas semblant d'ignorer que c'est l'ordre qui, en menaçant de faire invalider le diplôme si des non-inscrits participaient aux jurys, est à l'origine de la modification du déroulement des épreuves. Et pour connaître les difficultés d'organisation des MSP, particulièrement en Ile de France, nous savons que le Ministère a sauté sur cet alibi, comme sur du pain béni, pour soulager ses services et économiser quelques euros.
12. On assure, souvent même dans vos rangs, que si la cotisation ordinale n'avait pas été si abusive, aucun mouvement social ni même votre syndicat, n'auraient jamais fait jour et que l'Ordre serait passé comme une « lettre à la poste » ?
A quelques nuances près, je réponds sans hésitation : « Oui, tout à fait exact ! »
Et nous serions extrêmement désappointés car sous le joug
d'une structure inadaptée, d'un fonctionnement innommable et de responsables dont les adjectifs manquent pour les qualifier.
Et je remercie, nous remercions, les responsables ordinaux qui ont refusé d'entendre les voix de modération, de consensus qui se sont manifestées dés l'automne 2006. J'ai moi-même demandé et proposé des cotisations modérées, que l'ordre avec des projets et des actions concrètes montre son intérêt. Cela a toujours été une fin de non recevoir. Un membre important du CNO, en me prenant par les épaules, m'a dit : « Didier c'est pour notre profession, il faut voir grand ! » et ils se sont lancés tête baissées dans des dépenses délirantes, la course au logement, le mépris et la honte de justifier des indemnités inconcevables, etc..
Quand des responsables sont à ce point enfermés dans leur tour d'ivoire car « la loi est la loi » et qu'ils ont carte blanche pour dépenser sans compter, alors qu'une partie du monde meurt de faim, c'est qu'ils sont irresponsables et que la structure avec son fonctionnement ne mérite pas d'exister.
Ils se conduisent exactement comme tous ces apprentis sorcier des banques et autres sociétés financières. Ils se nourrissent avec l'argent des autres. Et nous voyons à quoi cela mène. Des scandales sans précédent !
13. Pensez-vous, comme le préconisent certains, qu'il soit raisonnable, dans un esprit d'équité, d'instaurer une cotisation à tarif unique pour tous les professionnels, qu'ils soient salariés ou libéraux ? Après tout, que vous soyez cadre ou manutentionnaire, le tarif de votre assurance auto reste identique ?...
Déjà que nous soyons cadre ou manutentionnaire, nous n'avons pas les mêmes voitures et l'assurance est dépendante du véhicule. Votre exemple est simpliste ou primaire. A moins qu'il ne soit que provocateur ? Nous achetons en fonction de nos moyens en intégrant les coûts : de l'entretien, de l'assurance, de la consommation.
Le tarif unique est inéquitable. La cotisation doit être dépendante du revenu. Grosse voiture, grosse assurance !
Petit revenu, du professionnel, et pas celui du foyer fiscal, petite cotisation. Gros revenu, cotisation plus importante.
De plus pour être logique, quel que soit l'exercice, le montant de la cotisation ne devrait pas être déductible en frais professionnels. C'est une injustice sociale flagrante que certains puissent la déduire et pas d'autres ; alors aucune déduction.
Permettez moi d'ajouter que je trouve, nous trouvons à ALIZE, que de faire payer une cotisation de 50 euros aux jeunes diplômés qui entrent à peine dans la vie active et pour beaucoup ont plusieurs dizaines de milliers d'euros de crédit d'études à rembourser, non seulement cela est scandaleux mais cynique.
14. Les salariés assurent qu'ils ne nécessitent pas un Ordre en raison d'une hiérarchie hospitalière à laquelle ils doivent déjà rendre des comptes et que cet Ordre mériterait d'être réservé aux seuls libéraux. N'est-ce pas détourner de manière assez schématique la mission de l'Ordre ?
La mission de l'ordre ? Faudrait-il qu'il en existe une qui vaille la peine d'être assurée !
Sauf erreur l'ordre s'est vu transférer une mission de service public, qui serait de reprendre le fichier ADELI. Or l'Etat et les tutelles n'ont jamais eu d'intérêt pour ce fichier car ils n'ont jamais donné les moyens nécessaires pour qu'il soit tenu correctement et encore moins sanctionné les directions des établissements ou les services des préfectures qui devaient rappeler aux professionnels leur enregistrement. De plus comme ADELI reste géré par les DDASS pour nombre de professions les économies sont inexistantes.
Et accepter une telle mission sans aucun transfert de moyen c'est déraisonnable et montre que l'incompétence est masquée par l'appât d'un statut identitaire et d'une idée princeps : comment faire payer des professionnels qui ne se syndicalisent pas car ils n'adhèrent pas aux idées développées ?
L'ordre au service de la profession c'est une boutade. L'ordre va être et je reprendrai une de vos expressions : « le bras armé de la HAS ! »
Nous sommes dans une stratégie de « refiler » au secteur privé des tâches ingrates sous le prétexte que ce sont des professionnels issus de la filière qui doivent s'en charger. C'est un manque de courage.
Les premiers qui feront les frais de la mission de l'ordre seront les libéraux.
Pour les salariés cela nous donne « l'avantage » d'avoir une double juridiction avec les difficultés que cela va générer. Et pour le moment tel que l'ordre est engagé, ni dans les textes, ni dans les faits il est utile aux salariés. Car jamais l'ordre ne s'attaquera aux véritables problèmes. L'ordre indique qu'il veillera à l'emploi et aux activités des STAPS mais les premiers à avoir embauché des STAPS, sont des services dirigés par des élus ordinaux comme à Mulhouse. Et lors de la publication du décret d'avril 2008 sur l'entrée des STAPS dans les SSR, l'ordre n'a pas bronché. Un recours devant le Conseil d'Etat était possible. Quand nous parlons des salaires la réponse est sans équivoque ; « C'est une affaire syndicale ». Pour la formation, l'ordre par un de ses élus participe aux travaux de réingénierie du DEMK car il a été invité. Lorsqu'il a remercié le Ministère et a déclaré que de toute façon l'ordre serait consulté sur ce dossier, la réponse ministérielle fut cinglante : « La consultation est une simple possibilité, elle n'est pas certaine ! ».
Voilà à quoi se résume l'intérêt de l'ordre compte tenu des textes actuels. Une simple possibilité d'être éventuellement consulté. Il n'y a vraiment pas de quoi pavoiser et imaginer que la profession est devenue autonome et adulte car elle est possède un « machin » pareil.
L'ordre n'est pas utile aux salariés mais les salariés sont utiles à l'ordre. 12000, 20% de la profession, cotisations complémentaires cela ne se lâche pas surtout avec la folie des grandeurs qui règne uniquement pour de la bouffonnerie, de la représentation ridicule d'une bande de m'as-tu vu !
Non seulement, dans les conditions de structure et de fonctionnement actuelles, l'ordre n'est pas utile aux salariés mais en plus il est néfaste pour la profession.
15. Bâtir un syndicat sur le seul socle étroit d'une mono-revendication (l'Ordre) n'est-ce pas un pari risqué pour l'avenir et la pérennité d'Alizé ?
Avez-vous d'autres « chevaux de bataille » en chantier ?
Vous êtes vraiment provocateurs ! Enfin je l'espère car sinon cela voudrait dire que vous êtes, désolé de l'exprimer, soit stupide, ce que je ne pense pas, car vous ne prenez pas le temps de lire, ou comprendre, ce que nous écrivons et déclarons, soit que vous ne savez pas lire !
Si la résistance à l'ordre a réuni de nombreux kinésithérapeutes sous la bannière d'ALIZE, nos objectifs, ou revendications si vous préférez, sont multiples. Notre volonté est la défense de la kinésithérapie. De sa formation initiale, une des priorités, à l'évolution des conditions d'exercice, dont le salaire et la tarification des actes en passant par l'accès à la recherche et la reconnaissance de spécialités.
Si nous devions hiérarchiser, la reconnaissance au niveau Master de la formation initiale avec ce que cela implique (enseignants-chercheurs, universitaires qualifiés, universitarisation des études car il est scandaleux que nos études aient, pour un grand nombre d'étudiants, des coûts exorbitants) est le dossier à faire évoluer en priorité. Nos études sont plus chères que celles effectuées dans les grandes écoles de commerce alors que pour les médecins et les infirmières elles sont gratuites. Nous sommes tous au service des autres !
Ensuite, redonner à la kinésithérapie sa place dans le système de santé français et la sortir des dérives commerciales dans lesquelles elle est poussée par les syndicats dits représentatif de l'exercice libéral. A ce rythme bientôt les libéraux seront des gourous du bien-être. Pour beaucoup sans le vouloir ni en être responsable mais certaines pratiques, mêmes si elles sont minoritaires seront mises en avant et serviront de prétexte à une déréglementation qui exclura les actes de kinésithérapie libérale des remboursements de la sécurité sociale. Tant qu'elle existe encore ! Je ne dis pas que le bien-être, pour certaines activités, n'est pas de la compétence des kinésithérapeutes mais il y a des limites et quand la dérive devient absurde uniquement pour raison financière, il ne faut pas pleurer que notre profession n'arrive pas à s'affirmer comme cela devrait être dans le système de santé. Et la priorité ordinale qu'est l'ostéopathie n'arrange rien. Les médecins comptent sur nous pour leurs patients mais leur confiance s'effrite.
La kinésithérapie est complexe, multiple. Elle demande du travail, de la rigueur. A ALIZE nous estimons que le kinésithérapeute est un peu l'ingénieur de la rééducation. Non seulement les domaines dans lesquels il intervient, les nombreuses activités qu'il pratique, les connaissances et savoirs faire qu'il mobilise sont multiples mais en plus il doit avoir une connaissance des autres métiers de la rééducation pour orienter ou suppléer quand ils ne sont pas présents et que les activités sont partagées, mais aussi il ne doit pas être délétère par rapport aux actions rééducatives des autres intervenants. L'exemple le plus explicite est la connaissance des troubles cognitifs et du langage que nous devons maîtriser car cela est primordial pour notre communication avec le patient mais aussi pour ne pas aggraver ces troubles voire entraver la rééducation du langage réalisée par les orthophonistes. Autre situation exemplaire dont, malheureusement, beaucoup de confrères n'ont pas conscience c'est le rôle important, non, essentiel, que les kinésithérapeutes qui font des domiciles peuvent avoir dans la dynamique de santé publique qui estime, pour de nombreuses raisons pertinentes, que le maintien au domicile des personnes âgées est bénéfique. Mais pour que ce maintien au domicile ne soit pas un leurre, il faut un système de veille sanitaire adapté. Et par sa formation, sa connaissance des bilans fonctionnels, sensitifs, cognitifs, du langage, mnésiques, de la douleur, par ses capacités d'observation de l'environnement, etc., le kinésithérapeute est le professionnel le mieux armé et le plus adapté pour être cette sentinelle de veille capable d'alerter médecins, services sociaux en cas de dégradation et avant que la situation ne devienne une urgence ou pire.
Et vous trouverez d'autres « chevaux de bataille » dans notre engagement « Alizéen » !
13. Que pensez-vous du principe de l'acte unique ?
Définissons d'abord ce que nous entendons par acte unique.
Si nous traduisons tarif il est possible de concevoir qu'au lieu d'une rémunération tarifaire multiple et inadaptée telle qu 'elle existe actuellement, une simplification serait louable. Si nous allons jusqu'au bout du raisonnement, c'est avoir un tarif unique quel que soit l'acte réalisé. Et entre une séance plus longue, une plus courte, le rapport temps/tarif de l'une compenserait celui de l'autre. A condition que le tarif soit fixé à une valeur « juste ». C'est un peu le modèle médical.
Mais chez les médecins il existe aussi des consultations de spécialistes et quelqu'un qui présente une expertise particulière dans un domaine (c'est à dire être formé et certifié, avoir le matériel dédié tant pour la rééducation que pour l'évaluation de ce domaine), devrait pouvoir valoriser son investissement pour cette expertise.
Pour revenir à un tarif, une séance de kinésithérapie basée sur une durée standard de 45 minutes (30 minutes pour les plus courtes et une heure pour les plus longues), 30 euros la séance cela semble corrects.
Mais nous nous heurtons à l'évolution des prises en charge. Nous pensons qu'il faut abandonner la notion d'acte et s'attacher à la notion de prise en charge. S'il existe encore de nombreuses prises en charge individuelles, la kinésithérapie de groupe a sa place dans le concept rééducation/réadaptation. De nombreux protocoles en attestent.
Faut-il encore avoir la place et les moyens de les organiser. De plus de nombreux programmes, individuels ou pour groupes, demandent des temps de prises en charge long, 3h, 4h incluant des temps de repos indispensables.
Si nous traduisons par un patient unique nous comprenons après ce que nous venons d'indiquer que la prise en charge individuelle ne peut plus être la seule logique. Mais dans nos propos il n'est pas question de valider plusieurs patients simultanés avec un temps kinésithérapeute présent réduit à ; « bonjour, je vous branche » et « je vous débranche, au revoir ! ».
La réflexion limitée à l'acte unique ne semble pas la plus pertinente. En plus nous devons intégrer les potentialités de prises en charge : superficie des locaux, capacité d'accueil, équipements, nombre de professionnels disponibles, durée des séances, « standard » ou « longue », possibilité d'organiser des moments de repos réels, capacités d'évaluation, etc.. Et comme je l'ai indiqué, intégrer la notion de spécialité ou expertise.
14. Trouvez-vous normal que la première intention thérapeutique nous soit refusée alors que d'autres acteurs plus récents de la santé y ont accès (les ostéopathes par exemple) ?
Là encore, vous êtes restrictif. La première intention, cette consultation réalisée par le kinésithérapeute est un élément parmi d'autres des consultations de kinésithérapie qui devraient se développer et qui, bien au-delà de nous prendre pour des pseudo médecins, rendraient de multiples services aux patients, aux médecins et génèreraient des économies d'échelle.
Quelques exemples rapides :
- consultation de suivi de rééducation,
- consultation pour évaluation fonctionnelle,
- consultation pour évaluation du handicap, aménagement du domicile, du lieu de travail,
- consultation post-opératoire, les chirurgiens gagneraient du temps au bénéfice d'autres patients, si nous faisions un « tri » pour, en fonction des protocoles, leur réadresser que les patients qui posent problème. Cela dans les domaines ostéoarticulaire, ventilatoire, périnéo-sphinctérien, nos grands domaines d'activité. C'est économiquement intéressant et notre disponibilité étant plus accessible, cela dans le cadre d'un réseau formalisé, permettrait également une « surveillance » de proximité tout à fait pertinente.
Pour compléter ma réponse je vous propose de vous tourner vers les participants du groupe de travail sur la réingénierie du diplôme d'Etat piloté par la DHOS et vous apprendrez que c'est moi qui, par un exemple, ai amené le débat sur ce sujet afin que cela soit intégré à nos activités et nos compétences.
15. Que pensez-vous du désengagement unilatéral de l'Etat à l'ASV (avantage social vieillesse) et des conséquences dramatiques que cela aura sur le pouvoir d'achat des actifs et, plus encore, sur celui des retraités libéraux de notre profession ?
Malheureusement l'Etat montre encore son incapacité de réflexion. Nos dirigeants, incapables de « balayer devant leur porte » cherchent des « bouc émissaires ». Les cotisations des kinésithérapeutes libéraux servent depuis des lustres à renflouer les caisses de professionnels aux revenus plus conséquents car leurs propres cotisations ne sont pas adaptées et insuffisantes pour les retraites généreuses qui leurs sont accordées. Ces professionnels ayant de nombreux appuis politiques et des démarches de lobbying agressives, l'état cherche le maillon le plus faible.
Clairement ces procédés ne sont pas honorables et ceux qui les pratiquent n'ont ni conscience ni éthique. Malheureusement cela semble être une habitude dans notre République de se comporter ainsi. Des lois sont promulguées contre l'avis des intéressés, des décisions sont prises au mépris du dialogue et des engagements. Et il est à craindre que cela ne s'arrange pas dans l'immédiat !
De plus notons que dans le contexte économique de crise qui nous tombe dessus cela n'est vraiment pas un bon moyen pour soutenir le tissu économique et favoriser la relance !
16. Comment voyez-vous l'avenir d'Alizé et son rôle auprès de la profession ?
L'avenir d'ALIZE sera ce que les professionnels voudront qu'il soit. ALIZE est conçu comme un outil au service de tous les professionnels quel que soit leur mode d'exercice. C'est le seul à prendre en compte le commun et les particularités des deux exercices. Si les professionnels veulent qu'une autre voix que celle que nous entendons depuis trop d'années s'élève, s'ils veulent que l'on trace un autre chemin que celui où la kinésithérapie est entraînée, à la dérive, par ceux là même qui déclarent la défendre, et retrouve sa place comme profession de santé au service des patients mais aussi des citoyens, en terme de prévention, d'accompagnement, de veille sanitaire, etc.. Alors, ALIZE devrait avoir un bel avenir !
17. Imaginez-vous trouver parmi les treize propositions que font les Skuds certaines revendications légitimes auxquelles vous aimeriez faire écho ?
Vous nous avez déjà remercié pour avoir diffusé votre pétition concernant l'ASV. De même notre rencontre me semble avoir été positive et a démontré que nous avions de nombreux points d'accord concernant la kinésithérapie. Je n'ai donc pas besoin d'imaginer. Je sais !
Il se peut également que nous vous ayons inspirés certains éléments de réflexion pour la construction de vos propositions ?
Et je pense que dans mes propos vous trouverez des points de concordance.
Mais pour compléter, nous partageons votre analyse sur les indemnités de déplacement. Un scandale, encore ! Nous proposons qu'elles soient uniformisées pour tous les professionnels de santé, majorées de 10% en zone urbaine dense et indexées sur le prix des carburants.
L'entente préalable qui mobilise des fonctionnaires pour contrôler les prescriptions médicales. Est-ce que les médecins sont des « idiots » qui ne savent pas pourquoi ils prescrivent la kinésithérapie ? Supprimons l'entente et nous ferons des économies de fonctionnaires !
18. Un dernier commentaire Monsieur LANTZ ?
ALIZE est fait pour tous, ouvert à tous et vous y serez les bienvenus pour qu'ensemble nous essayions de dessiner un avenir meilleur à la kinésithérapie, profession d'une telle richesse qu'elle est convoitée par beaucoup.
Son champ d'action large dans de nombreux domaines d'activité fait qu'elle mérite mieux que ce qui lui est octroyé.
Il est scandaleux que politiques, administrations, refusent, pour un problème économique qu'ils sont incapables de résoudre car ils sont enfermés dans des raisonnements ineptes, d'offrir aux français une kinésithérapie performante au service de tous et insérée dans une dynamique de santé publique. Ce qui, ne le négligeons pas, permettrait de générer des économies.
Nous vous remercions, Monsieur LANTZ, au nom de toute l'équipe des Skuds, d'avoir accepté de répondre à notre petit questionnaire, aussi « piquant » soit-il. Nous espérons que cela aura permis à tous de se forger une opinion constructive en toute connaissance de cause.