HASches to HASches
Douce Dame HAS et Ordre méga-burné viennent de convoler en juste noce sous une pluie d'étoiles sonnantes et trébuchantes et le regard ému des autorités fiduciaires de tutelles. C’est l’union du profane et du sacré, du naïf et du musculeux, du sabre et du goupillon, qu’on ne devrait pas tarder, selon tout pronostic, à se prendre dans la tronche…
La robe de la mariée a été cousue avec amour de fils blancs par les petites mains de la formation continue et du post-gradué. Loin de moi l’idée de lancer un loup dans la Bergeaurie, mais je crois savoir qui fut le garçon de (dés)honneur…
Contrairement à une idée fort répandue, la HAS (la Haute Autorité de la Santé) n’est pas une institution de la kinésithérapie, elle n’est pas qu’à nous, on la partage avec plein d’autres qui ont aussi cette chance-là.
Sans ça on l’appellerait la HAK et donc, pour améliorer la formation du grouillot de base que nous sommes forcément, on pourrait dire alors : y’HAKà-faux-cons. Mais ça là, en l’Etat, et surtout en celui-ci, il vaut mieux éviter, pour son matri-cul, de le dire…
La HAS, toute baïonnette en avant, nous gratifie de son « mieux-soignant » à la sauce volontaire. Duplicité sans vergogne de l’EPP qui ferait mourir de rire un Horse Guard aux lèvres gercées…
Il y a d’un côté les gentils, essaim évaporé de scientistes auto-proclamés en mal de rédemption technologique et de gloriole ego-centrée, de petits Jésus Christ du protocole et du parcours initiatique, Dalaï Lama s'auto congratulant mutuellement d’une « haute conscience thérapeutique » un tantinet désobligeante, et s’autorisant au jugement tout supérieur sur la masse grouillante des décérébrés que nous sommes, subalternes par nature, et de l’autre les méchants, ceux qui attendent patiemment, tapis dans l’ombre, que la créature soit sortie des laboratoires pour l’enchaîner illico dans les geôles du budget d’Etat.
Mais l’EPP n’existe plus, nous martèle-t-on. Gageons pourtant, tel le phénix, que sous une appellation plus « contrôlée » elle renaîtra de ses cendres. Le Petit Chaperon Rouge qui sautille jovialement à travers la forêt n’est pas disposé de si tôt à laisser tomber son petit « panier de soins » plein de maigres galettes pour rejoindre Mère-Grand. Même si au bout du compte (je dis ça pour ceux qui n’ont pas lu l’histoire) c’est le loup qui l’attend pour le bouffer tout cru…
A 15.30 euros de la demi-heure, salaire de femmes de ménage, « on » voudrait que nous nous transformions en magiciens d’Oz-BAC plus douze. Ou - non ! Je n’ose y penser ! - que nous rejoignions en troupeaux bêlants « leurs » masters et « leurs » formations post-graduées si dispendieuses ? Ou - encore non ! - que l’on justifie par notre sous-formation crasse l’indigence de nos honoraires pour ne plus avoir à les augmenter - une fois pour toute, qu’on se le dise ! - durant le troisième millénaire ?
Que je suis taquin…
Notons également que l’enthousiasme des syndicats pour l’EPP, fort singulièrement, est inversement proportionnel au panel des études « supérieures » et « salvatrices » qu’ils proposent sur leurs plaquettes intra-muros…
Ben oui, à quoi çà sert de faire la pige pour la formation continue lorsqu’on en a pas en magasin ? Au plus, çà va renforcer l’enseigne d’en face, et çà s’est un truc à devoir compter les moutons, Berger inclus, jusqu’à la nuit des temps pour pouvoir s’endormir…
Laissez venir à vous la connaissance, disent-ils tel le perfide saurien d’Eden, la revalorisation de vos actes viendra, croix de bois croix de fer, si je mens je prends rond-de-cuir au ministère…
Nous, nous disons; laissez venir à nous la revalorisation, la formation viendra.
Sous l’ère frauduleuse de l’ASV où la Parole d’Etat ni son paraphe au bas d’une Convention ne valent plus un pet de canard, qui détient la vérité ? Nos lascars endimanchés où ceux qui, au final, paient toutes les additions ?…
La HAS, en sollicitant de nous un effort supplémentaire sans filet financier, nous conduit tout droit, et en toute connaissance de cause, dans les griffes de la mauvaise-foi gouvernementale.
La HAS est une institution d’Etat au service de l’Etat, et le rôle qui lui est dévolu aujourd’hui par Nicolas est purement pécuniaire, c’est de désosser la vieille deu-deuche kiné pour refourguer à vil prix ses pièces détachées aux Slovaques.
Ca s’appelle la délocalisation des compétences et de la main-d’œuvre afin de faire chuter le coût de production. Selon ses propres dires, elle le fera avec ou sans nous. Gageons plutôt que ce sera sans…
Rigolade ! Zéro « mieux-pensant » zéro « mieux-soignant » l’objectif final de ces sournois d’Etat, aidés en ce projet sibyllin par « nos » candides d’Etat, c’est que le membre inférieur parte aux podologues, le membre supérieur aux manucures, les dos récalcitrants aux dépoileuses, et la tête-alouette, au billot. Bien sûr, tout le monde s’en STAPS, l’Ordre chafouin et ses grands moulinets pathétiques en premier lieu, car faudrait voir, coûte que coûte, et service rendu pour service rendu (l’anti-président n’est pas aux manettes sans compromission) à faire tourner la juteuse usine à formation continue de Bébert-le-Parrain…
Oui, Faudrait Foire à ne pas Manquer aux Kinés de Respect !
Quel sinistre conglomérat de compères.
Bon, pour toi public, je schématise :
Nicolas, un matin, il se dit qu’il faut qu’on fasse des éconocroques sur le kiné. Il est faible, servile, sous-représenté, bref, c’est le maillon faible du médical, là où on peut cogner sans conséquence. Mais on peut tout de même pas les virer si simple les lardus et les mettre sur la paille, ils ont des familles, ça va faire tâche dans les rues et dans les médias. Alors, il appelle sa copine HAS :
Lui : « Dis, t’as pas un truc pour nous les dégraisser les massouilleurs, j’ai mes potes banquiers à déjeuner et ils ont une sacrée dalle ? J’ai plus une thune… ».
Elle : « Ben si, on a qu’à dire que s’est des manuts glandus sous-formés qui escroquent la Sécu ! On les culpabilise bien, on stigmatise à vue, on formate l’opinion publique, on trouve dans leur rang deux/trois lascars qui se la pète intellos, et hop ! çà va passer comme un supo !».
Lui : « Ben çà va pas faire un peu lourd, je viens déjà de les gauffrer de 20% sur leur retraite ? »
Elle : « Non, t’inquiètes, c’est du bovin. Tu peux leur enfiler les perles que tu veux. Regardes, après ton rapt sur l’ASV, y’a même pas un de leur syndicats qui a bougé une oreille ! »
Lui : « Ouais, c’est juste, mais j’hésite encore… ».
Elle : « Bon ok, j’ai un pote ou deux dans leurs syndicats, des jaunes, qui aimeraient bien faire mousser leurs formations continues, car leur business il bat un peu de l’aile malgré l’obligation. Tu veux que je passe un coup de bigophone ? En plus, rappelles-toi que tu a installé l’œil de Moscou chez eux il y a quelque temps, si ça râle trop t’as qu’à le siffler aux « Ordres ». Ils michent tous qu’il y ait embargo sur les petits-fours… ».
Lui : « Ah oui, j’oubliais. Tu ferais çà pour moi ? T’es un pote ! Et moi je fais quoi ? ».
Elle : « Ben t’as qu’à dire dans les médias que c’est une profession à profonde disparité dans l’accès aux soins, moi je m’occupe du reste … ».
Tout de même, pour la petite histoire, l’Ordre, montagne constipée depuis des mois, a consenti enfin à s’en remettre aux bienfaits libérateurs des dragées Fucka (notez que j’utilise volontairement le passé composé) pour accoucher dans une diarrhée verbeuse et fastidieuse à souhait de « son » bréviaire prêchi-prêchant de déontologie, régurgitation caricaturale s’il en est de notre propre bon-sens ancestral de troglodytes. Encore 280 euros foutus à la benne pour une bande de plagiaires candidats au Renaudot tentant de justifier l’injustifiable, c’est à dire de leur simple quintessence de larrons en foire greffés en parasites sur le système.
Mais bon, cette fois-ci c’est dit, viennent-ils de nous écrire pontificalement, on va se mettre au taf ! Il leur aura fallu tout de même presque deux ans pour tailler leurs crayons et recenser leurs gommes. A deux cent quatre-vingt petits fours l’heure, çà fait chéro le diesel…
La HAS nous demandera bientôt une cotisation, à ne pas en douter, faut bien payer les boulons de Frankenstein et l’eau bénite pour rincer les pieds de sa Seigneurie...
Tout cela est une vaste duperie, j’insiste. Ces gens sont les véritables fossoyeurs du métier. A leur manière désinvolte, ils jettent l’eau propre et le discrédit sur la moralité d’une profession.
Nous avons découvert, l’opinion publique a découvert, étonnée, estomaquée, époustouflée, ébahie, médusée, abasourdie, interloquée, qu’avant l’Ordre, son avènement au forceps et son fac-similé de code de déontologie, nous étions forcément des immoraux, voleurs de poules à l’occasion. Qu’avant l’EPP, nous étions nécessairement de piètres praticiens, des foutriquets lâchés sans foi ni loi dans le paysage médical et besognant à des tarifs prohibitifs en toute désinvolture sur le pauvre patient.
Plutôt que de mettre en avant nos formations, notre savoir-faire, notre probité, ils ont stigmatisé toute une profession, faisant ainsi le jeu de la férule comptable d’Etat, car « ils » sont l’Etat.
Arrêtons la langue de bois, une seconde, juste pour voir :
Que l’Ordre, pour être plausible, baisse drastiquement ses cotisations honteusement sénatoriales - les plus élevées du médical ! - son train de vie avilissant, ses commandes de champagne et de petits-fours, et qu’il nous ponde un pamphlet un tant soit peu crédible.
Qu’il troque ses futurs 700 mètres-carrés de bureaux en plein Paris, au loyer indécent de 35 000 euros hors taxes mensuel (hé oui, camarade, tu as bien lu…) contre un Hacho en banlieue.
Si c’est pour notre « prestige » qu’il s’inquiète, je peux le rassurer, chute vertigineuse des cotisations mise à part, nous, humbles manœuvriers en kinésithérapie, nous ne devrions pas voir la différence.
Le prestige, y’a un moment qu’on sait composer sans…
Que la HAS, esclavagiste qui s’ignore (à peine) revendique une augmentation conséquente de nos honoraires avant que d’exhorter une profession exsangue vers un toujours plus de sueur. Qu’au moins elle exige un « secteur 2 » pour ceux qui accepteraient de se plier à sa petite gymnastique intellectuello-fiduciaire auto-flagellant. Qu’elle s’adresse à nous en tant qu’adultes responsables et reconnaisse enfin que, sous la badine de la doucereuse EPP, elle nous concocte un « panier de soins » opposable, coercitif et destiné à devenir notre future NGAP.
Qu’elle ose avouer enfin qu’elle mettra des centaines, des milliers, d’entre nous à la porte de leur propre cabinet dans les années à venir, car Nicolas a demandé un lessivage de la profession.
Je demande également qu’il y ait une rupture d’intérêt, de cette perversion honteuse du système, entre syndicats, notamment celui pour qui bêle majoritairement la profession, et formations continues. Un syndicat, ou une fédération si l’on préfère, ne sont pas des entreprises à but éminemment lucratif, et notre Justin Bridou n’est pas un golden boy. Car la finalité d’une telle doctrine corrompue est la promotion du post-gradué HàS n’importe quel prix…
A contrario, ces syndicats démissionnaires, décapités par la fuite des cerveaux vers les hautes fonctions Ordinales, je les exhorte à reprendre leur profession de foi de protecteurs du métier, à recouvrer leur superbe, à cesser leurs vendettas fratricides, leur désir des feux de la rampe, et à ne plus laisser s’infiltrer par le trou béant de leur apathie complice ces groupuscules phagocytaires, mercantiles, inutiles, coûteux et nuisibles à notre avenir.
Je les encourage à reprendre le contre-pouvoir.
Je ne crois pas une seconde que ni Ordre ni HAS soient les amis de la kinésithérapie.
Nous vivions bien mieux sans eux, avant.
Ils sont juste la progéniture naturelle de l'impavidité de nos syndicats à nous défendre.
Tu m’as trahi une fois, honte à toi. Tu m’as trahi deux fois, honte à moi.
Léon Truculus