Chronique d’une mort Ordinaire
Il n’y a aucun mérite à faire disparaître l’Ordre. Il y en a un à faire disparaître celui-là.
L’Ordre, du moins tel que nous l'expérimentons aujourd’hui, pansu, bedonnant, ventripotent, a vécu. Son régime draconien n’est qu’une question de mois, sans doute de semaines. Il montrera certes encore un peu ses quenottes anthropophages, mais il finira par être privé de frigo au profit d’une structure plus ascétique et bien moins goulue.
Il vient, ce qui est son premier aveu d’intelligence en même temps que de faiblesse, d’abandonner ses poursuites barbouzaines, restées les bras en croix sur le Carraud. La sauvegarde in extrémiste de ses CDO (comités départementaux de l’Ordre) n’est certainement pas totalement étrangère à l’affaire… Il faut dire qu’entre temps l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité ; un CDO, çà va, quatre-vingt-dix-sept, bonjour les dégâts !
Dans nos colonnes nous avons toujours défendu l’idée d’un Ordre, si nécessaire selon nous à l’émancipation et à la maturité d’une profession, mais en aucun cas celui-ci, ersatz sonnant et trébuchant aux mains juteuses de la Fédé et du Justino-Rustino-Trade-Mark-Corporation-LTD-business°.
En moins de trois ans, cet Ordre né sous X, directement accouché au forceps des consortiums syndicaux contre l’avis de tous, a brutalisé en profondeur toute une profession, dévoré en bon petit cannibale précoce ses centrales génitrices (double cotisation) et accumulé les erreurs qui lui furent funestes :
Sa fondation tout d’abord, qui ne fut en rien populaire (aucun référendum professionnel, pour raison, justifiée, de trouillomètre démocratique à zéro). Seule une poignée de syndiqués (10 % du métier) a été appelée cahin-caha, râleux, aux urnes. Et encore, à peine 51 % de ces syndiqués ont voté favorablement pour l’Ordre, ce qui fait en réalité une assise légitime reposant sur….5 % d’une population professionnelle, soit 3315 personnes sur 65 000. Enlevez à cela 500 personnes travaillant peu ou prou aux machineries, 2 000 groupies du pianiste, et il vous reste une poignée de 815 coupeurs de citrons aspirant à entrer sur le terrain de jeu à la mi-temps…
65 125 personnes restent donc de facto, et Gros Jean comme devant, contre ou non concernées par l’Ordre, et s’en balancent comme de leur première chemise, mais doivent malgré tout, le fusil sur la tempe, en payer la lucrato-gabelle à déduire de la colo des enfants. On comprend mieux alors combien l’allergie peut être grande et l’assise à bascule, au moindre Alizo-Zéphyr de travers…
Une cotisation d’emblée se positionnant comme la plus gargantuesque du paramédical, et même du médical. Nos hommes-sages feront même mieux que les sages-femmes, pourtant déjà sacrément encloquées jusqu’aux yeux. Cotisation dispendieuse, au mépris de la plèbe usinant, que rien en réalité ne justifie si ce n’est l’appétence de certains à la grandiloquence, au luxe, et à l’argent balourdé à la benne.

Un souhait extrêmement saute au paf de certains - une minorité, mais ô combien agissante - d’accéder aux fastes de leur mandature et aux avantages en nature qui entourent leurs gommes, leurs crayons, et leurs séants royaux. C’est ainsi que le CNO (comité national de l’Ordre) à peine trois ans après son érection sous Viagra plus que décriée, fait options en toute désinvolture budgétaire sur un local parisien de 700 mètres carrés à 43 532 euros (hors charges de loyer mensuel, soit… 1490 de nos cotisations roturières volatilisées par mois). Et nous ne comptons pas, bien sûr, les travaux herculéens de restauration de ce palace, vestige compassé d’une certaine aristocratie, qu’on souhaiterait redorer à la gloire ordinale.
Une ploutocratie provinciale, ou tenue comme telle, mise à mal par l’hédonisme centralisateur pharisien. Très peu de CDO peuvent aujourd’hui s’enorgueillir d’assurer leur mission dans des conditions financières décentes. C’est plutôt la foire aux « passes-moi ton agrafeuse »…
Un sens de la communication proche du Néanderthalien.
D’incessants et sordides règlements de comptes régionaux où, à l’ancienne concurrence loyale, fait aujourd’hui office de prévalence l’inscription ordinale.
Une telle gabegie pécuniaire (75 000 euros de déficit en moins de trois ans pour le CDO parisien, pourtant le plus nanti de tous) a fait naître récemment et indécemment dans les esprits d’un quarteron d’ordino-torturés, dont ceux du tristement célèbre CDO 31 et de sa muse occitano-césarienne, la nécessité d’une indispensable, et politiquement incorrecte, chasse aux sorcières non-cotisantes (que l’on dira « non-inscrites » car cela fait plus propret question motivation sur le papier juridique). La réalité c’est que le déficit est tel - et malgré 91 % d’inscrits libéraux, dixit la « Petite gazette de l’Ordre », qu’il nécessitait de trouver une solution radicale pour remplir presto les caisses. Fallait faire rentrer le beurre de la vache laitière et castrer les roubign’Ordres de l’Alizo-rébellion. Et c’est pourquoi, séance tenante, qu’en grande pompe, dossiers et barbouzes prirent la route vers la ville rôuze…
D’où le Kafko-procès de Toulouse, qui se voulait tant exemplaire que budgéto-terrorisant. Il se pensait asseoir définitivement le fessier ordinal sur le polygone de la sus-tentation tyrannique. Ce ne fut en réalité qu’un énorme flop en com.. Un de plus direz-vous ?…
Aux âmes bien (re)nées, la porte de sortie n’attend pas le nombre de condamnés…
De Toulouse, il en ressort qu’Alizé, succédané antiOrdre s’il en est —et surtout anticotisations outrancières sur de déjà bien maigres ressources salariées— est sans doute légitimé et renforcé dans son combat. L’Ordre, gâteau sur la fraise zéphyraine, présenterait de surcroît une base de constitution illégale. Un vrai régal, pour qui vous veut du mal !
Bien joué les tarlousaines ! Vous n’êtes pas descendus pour des nèfles…
Je vous explique juste un truc de Confucius, les ordino-braqueurs, pour vos casses prochains: la parole doit être le faire-valoir du silence, en tous les cas son vassal. L’existence n’est que silence que vient, de temps à autre ponctuer et souligner le verbe.
Et non l’inverse, ou c’est la gerbe…
Laissons le bruit et la fureur aux hommes grossiers de peu de conscience ; ils insultent l’âme.
Loin de terroriser, ou de thésauriser, l’Ordre va donc faire vœux de chasteté, en guise de petit-déjeuner...
Ensuite viendra pour l’Ordre la tentation de l’autocratie, les bruits de bottes, et de faire taire l’opposant, le média, l’information, par tous les moyens, même les plus avocat-du-diablo-discutables, les Maîtres Guest’ap’Ordre. Ce fut en quelque sorte le deuxième coup de grâce, l’aveu de faiblesse, d’un pouvoir aux abois incapable de se faire aimer autrement que par la brutalité, la censure, et les opérations barbouzaines. C’était évidemment, pour tout observateur un rien lucide, le signe du déclin.
Le troisième (coup de grâce) et de loin le plus fatal,car législatif, sera l’amendement 1382 rectifié, qui dira les CDO illégaux à moins de 100 000 professionnels sur le territoire. Or, à moins de faire voter les retraités et les morts (solution qui sera évidemment envisagée lors de la réunion « sauve-qui-peut » du 13 mars) nous ne sommes que 65 000 en activité…
Il ne devrait donc plus rester sous peu, soloman sur son trône, qu’un triste CNO, à faire crottes de lapins. Normal, avec des cotisations si allégées, la constipation n’est jamais très éloignée…
Les poupées russes
L’une des questions les plus pertinentes et qui revient le plus souvent c’est ; mais à quoi (à qui) l’Ordre sert-il au juste ? Quelle est sa mission ? On veut dire ; sa vraie mission ?
Il faut déjà bien différencier deux niveaux d’Ordre, les fleurs-bleues et les roublards :
L’ordre de la base, les fleurs-bleues. Des élus souvent sincères, actifs, altruistes, bouclants dans les CDO les fins de mois difficiles avec trois bouts de ficelle, poursuivant ce qu’ils espèrent encore être une mission de moralisation de la profession et de la pérennité de son statut. Ils s’interrogent beaucoup, de plus en plus l’expérience venant, sur la vertu de leur hiérarchie. C’est l’Ordre tel qu’on l’aime.
L’Ordre des Hautes Sphères, les roublards. C’est du jeu politicard à l’État brut, dont le dividende est avant tout de savoir placer ses pions dans l’oligarchie et perpétuer les consortiums juto-syndicaux. Ici on ne parle plus « morale d’une profession » on parle « finances » et « stratégie ». Et à ce jeu, indiscutablement, la FFMKR est la reine des Pieds Nickelés.
À qui sert donc tout ce fourb’Ordre ?
Il faut garder à l’esprit l’image de ces petites poupées russes que vous connaissez tous, les matriochkas, qui s’emboîtent les unes dans les autres. Quand y’en a plus, y’en a encore, jusqu’à l’agacement, jusqu’au microscope, et à la crise de nerf…
Axiome de base ; l’État veut faire des économies. Pour ce faire, il a comme vassal à son service la HAS (la Haute Autorité de la Santé). La HAS, en des temps immémoriaux —raison antédiluvienne et jetée aux oubliettes de sa création -—éclairait l’État sur les besoins, donc budgétaires, de la Santé. Elle était, à cette époque, à peu près intègre. Aujourd’hui, elle éclaire surtout la Santé sur les besoins budgétaires de l’État.La mort, le handicap, pour elle, ont un coût, un tracé sur la courbe. Pas pour nous…
Bien sûr, et il faut la comprendre, derrière les chiffres mortifères, çà n’est jamais sa propre semence qui passe de vie à trépas, son enfant, son épouse. C’est celle des autres, les connards indifférenciés, les chiffres sur l’ordonnancier…
« On » demande à la HAS de mettre en place la guillotine drastique des revenus de la kinésithérapie sur les cinq ans à venir et de foutre sur la paille 50% d'entre ces croques-mitaines bouffeurs d’AMM à la petite semaine - c’est çà son plan de vol, le big deal. La HAS invente donc le petit panier de soins opposables (c’est à dire un quota de séances par pathologie. Si plafond dépassé il y a, mauvaise pioche, le patient paiera de sa poche, et le kiné bouffera à la cantoche) et fait appel au pied levé à cet outil de contrôle implacable que l’on nommera l’EPP (Évaluation des pratiques Professionnelles). Cette EPP, afin de faire passer le suppositoire non glycériné a d’abord été vendu très Trudello-hypocritement (devenu entre-temps « physiothérapeute » le lâcheur. Mais lorsque les rats quittent le navire…) sur le mode du volontariat. Elle est aujourd’hui obligatoire car inscrite au Code de Déconologie. Aie confiance, camarade cotisant !…
L’EPP, et ses supramassouilleurs à l'encéphale en Mongols fiers, élaborent avec soins des modules de « budgeto-évaluation » pour mieux (con)tenir ses (con)frères. Ces modules font la joie frétillante de la HAS qui s’en sert alors comme d’un mètre-étalon pour ensemencer ses futures (plus si futures que cela) génitrices du petit panier de soins opposables (« opposable » ce qui, en langage décrypté, sous-entend processif et donc répressif à terme).
C’est précisément à cet instant que font leur entrée en scène nos larrons en foire. La Fédé a besoin de faire fructifier ses formations continues, c’est une, « la », considérable entrée d’argent et le garant de sa primauté et de sa flamboyance syndicale - et donc, on y revient, de ses entrées d’argent. Elle en est d’ailleurs, de cette formation continue, quasiment l’unique dépositaire et actionnaire. L’argent d’État (manne colossale s’il en est) et parce qu’elle est justement le premier syndicat représentatif, transite par ses cochonnes-tirelires. La FFMKR doit donc rendre, peu ou prou, la formation continue obligatoire (ce qui l’était déjà dans les textes antérieurs, mais non appliqués) et cautionner de toute pièce un organe répressif ; l’EPP et sa cohorte de supercontrôleuse qui nous renverrons tous sur les bancs de l’école. D’abord sur le mode amical, (con)fraternel, puis tyrannique (c’est pour bientôt).
Pour rendre l’EPP obligatoire, il faut un Ordre, qui la transposera illico dans ses statuts. L’Ordre enfoncera encore un peu plus le clou fédéro-sonnant et trébuchant en ratifiant dans son code un article réaffirmant l’aspect obligataire de la formation continue, des fois que certains échappent au maillage. La voie est donc toute tracée…
L’État a besoin de l’Ordre pour asseoir son contrôle sur le paramédical. L’Ordre a besoin de l’État pour s’instaurer. Et Justin Bridou de l’Ordre pour nous saucissonner…
La boucle est bouclée.
L’Ordre çà n’est que çà, une formidable planche à billets au service de la Fédé. Désolé pour les esprits partisans et chagrins…
C’est pourquoi nous ne nous étonnons pas plus que cela de voir monter aux créneaux du Sénat (pour sauver les, « ses », CDO) en tout premier lieu la pourtant Ordinairement si sage et si obséquieuse FFMKR.
Les masques sont tombés…
On ne peut pas coller une Rustine à toutes les conn..ies.
Certaines mouches du coche diront, pour s’en défendre, que Monsieur René Couratier, actuel président national fantoche de l’Ordre, est un ancien dignitaire (ce qu’il a, au passage, pieusement oublié) du SNMKR. C’est ce que l’on appelle le voile de fumée, ou l’art de grimer une république bananière en atours démocratiques. L’Ordre, c’est Justin et Rustine, les Laurel et Hardy de la Fédé. Point.
Tout çà est tellement tissé de fils blancs…
Pourtant, l’Ordre, ou l’idée de l’Ordre, malgré ces dommageables compères, doit persister. Nous insistons sur ce point. C’est le garant moral de notre émancipation. Mais pas cet Ordre goulu. Mais un Ordre moral, aux mains de la société « civile » et déparasitée de ces fourbisseurs syndiqués. L’idée qu’un lascar « officiel » sous le prétexte qu’il possède un pinceau « mandaté » détient forcément la perspicacité absolue, n’a jamais été notre tasse de thé.
D’aucun d’en tirer les conclusions Fédéro-Ordinale qui lui seront loisibles. Pour moi, Léon, c’est déjà fait.
Léon Truculus