Hibernatus
La trêve des confiseurs
A l’approche de cette année nouvelle, les Skuds et Léon vont abandonner un instant leur style provocateur pour vous souhaiter du fond du cœur, à toutes et à tous, ainsi qu’à vos familles, une merveilleuse année 2009. Qu’elle emplisse chacun d’entre vous de joie, de paix et apporte bonheur et réussite en vos projets, tant sentimentaux que professionnels.
Que la sérénité et la simplicité des bonheurs quotidiens accompagnent chacune de vos journées. Que le soleil continue de se lever à l’Est et de se coucher à l'ouest. Que les givres du matin vivent en chacun, pour chacun, embrumant de poésie éthérée dès potron-minet nos premiers domiciles casse-burnes. Que les derniers rayons d’août dorent amoureusement nos hommes, nos femmes et nos enfants alors que nous rentrons, éreintés mais avec la fierté du labeur accompli, de nos cages à poulies. Qu’en tous la dureté de la vie sache préserver la part d’enchantement, d’innocence et d’enfance qui, jamais, ne devraient se départir de nous.
Qu’un sourire d’enfant bronchiteux continue d’apaiser nos fatigues, le « merci » d’une vieille carne de nous donner le courage de poursuivre notre tâche parfois si ingrate.
Nous avons nos travers, nos défauts - surtout vous d’ailleurs - nous ne sommes que des êtres humains parmi d’autres êtres humains, mais nous sommes des gens qui ont su ne pas trop sombrer dans la facilité ni opter pour le côté obscur de la Force. Chaque année des milliers de patients trouvent entre nos mains (plus ou moins) expertes le soulagement, le réconfort, le mieux-être, la chaleur fraternelle, le courage de continuer encore un peu le chemin, si chaotique pour certains. C’est cette fierté d’être, de vivre, à laquelle nous ne devons jamais renoncer ni ne devons abandonner aux petits bouffeurs comptables du budget.
On ne naît pas noble, on le devient, contrairement à con.
La vie est si rapide, si fragile, si éphémère. La beauté, le bonheur des instants, sont comme un sable fin entre nos mains, si fuyant, si précaire. A l’heure de notre dernière heure, nous ne retiendrons que la grandeur des instants d’éclat, de fierté et d’amour. Nous sommes les passagers insouciants, frénétiques d’un court instant, d’un très court instant, que l’on chevauche au galop, et de cet instant il convient de transcender la beauté fugace.
Au-delà de nos combats, de nos frictions, pourtant si nécessaires et si réalistes, il ne faut jamais l’oublier.
Un ami m’expliquait il y a peu de temps qu’il importe de rester humain. Oui, restons humains.
Etty Hillesum, la magnifique Etty disait « La vie est riche et pleine de sens ».
Bon voilà, fin de la trêve. Au boulot, à présent :
Sœur âne ne vois-tu rien venir ?…
Nous avons bien sûr conscience d’avoir quelque peu décorné le landernau broutant, la soupe aux choux épaisse, d’avoir défrisé quelques moustaches de sapeurs, mais nous savons également que cela était incontournable face à un immobilisme, la somnolence endémique, d’une profession soumise par ailleurs aux pires exactions d’Etat (sans compter celles, plus outrancières encore, à venir). Car, il est essentiel de le rappeler, et toute politique mise à part, rarement Etat ne s’est comporté de manière aussi césarienne et aussi attentatoire envers notre métier.
Sans une réaction forte, nous ne survivrons pas en l’état à cet Etat. Certains s’en réjouissent, s’y compromettent même activement, et baptisent cela « d’évolution nécessaire d’une profession vers ses lettres de Noblesse ». Ils l’appellent de leurs vœux tout en oubliant pieusement de mentionner que - curieusement ? - la seule donnée qui se refuse obstinément à toute mutation est, reste et restera ad vitam notre salaire de femme de ménage…
2008 a été l’année de tous les dangers, de l’humiliation, du dédain gouvernemental envers une profession.
2009 sera celle de l’addition, des grincements de dents et de la carte bleue qui chauffe pour notre matricule d’insécurité sociale.
2008 aura été l’année du putsch des généraux sur l’ASV en un pronunciamiento gouvernemental proche du dialogue de junte.
2009 sera celle de la vache laitière à tondre, car oui les amis, par les grandes disettes budgétaires on tond même les vaches...
2008 fut le grand conciliabule des carpes plénipotentiaires autour de la mare ordinale, applaudissant à deux nageoires, gobant comme hostie à confesse toutes les mouches de passage, l’ASV, le « chèque de la honte » aux médecins non-prescripteurs, les dérapages verbaux très médiatisés de notre vibriant chef de l’Etat, les louvoiements sournois de ce serpent de mer qu’est la DEP- apparaîtra, apparaîtra pas ? - cette fois-ci légèrement marinée à la sauce du petit « panier de soins opposables » de Grand-mère HAS. Juste le temps pour elle de désencombrer quelques peu les caisses contrôleuses de Dame Sécu afin de laisser à l’UNCAM un peu de latitude pour exprimer son tout nouveau talent - impartial, bien sûr - d’organisme de sondage et de diseuse de bonne-aventure.
2009 sera notre contribution sonnante et trébuchante à cette mystification pécuniaire tragi-comique d’Etat.
Alors, Léon, il se pose une question ; pourquoi un tel silence syndical face à tant d’exactions - du jamais vu - ministérielles ?
Alors, au choix, et afin de respecter les sensibilités et les grades de chacun, il propose différentes hypothèses :
Attaque massive de mouches Tsé-tsé (tapez 1)?
Ménandropause syndicale précoce (tapez 2)?
Lobotomisation vers les circonscriptions ordinales, laissant roides sur le carreau nos élus restés sur la touche à l’heure du Grand Fromage (tapez 3)?
Peur du grand méchant Sarkoloup (tapez 4)?
Perte de repères, d’esprit revendicatif, de mordant, grisonnement des tempes lasses (tapez 5)?
Assoupissement post-prandial sans rototo libérateur (tapez 6)?
Effondrement hormonal (tapez 7)?
Obédience obséquieuse, servilité rampante, concupiscence larvesque (tapez 8)?
« Je veux être khalife à la place du Khalife » (tapez 128)?
N.B :
Si le résultat additionné de vos votes est en deçà de 1 point, vous êtres probablement à la tête d’un syndicat depuis quelques décennies.
S’il avoisine 5, vous êtes sûrement un syndicaliste de la « base » qui commence un tantinet à s’interloquer.
A 10, vous n’êtes pas syndiqués ou vous songer à en changer.
S’il dépasse 20, vous faites preuves d’un très grand discernement et vous êtes forcément au maquis ou le petit caneton noir de la mare.
La vie m’a appris, comme à vous tous mes consouères, que les Hommes ne font jamais rien sans intérêt.
Sans un fil rouge, un beefsteak en bout d’hameçon, ils ne bougent pas une arête. Donc, en ce RIEN, en ce silence potache, il faut entendre une profonde cacophonie, une agitation effervescente, l’entrechoquement des mondes; où est l’intérêt, puisque intérêt il y a forcément ?…
La vérité vraie, la simple, l'inéluctable, c’est que l’Etat - HAS, EPP ou tout autre poilade vassalisée incluse - se fout de nous ouvertement. Bons, mauvais ou nullissimes, on clopine tous à 15.30 euros la demi-heure et ce n’est pas demain que ça va changer avec une telle équipe de warriors « représentatifs » sur le terrain. On est pas dans la mouise les aminches…
Ces syndicats qui (dixit) n’arrêtent pourtant pas de gagner des batailles, ont encore perdu la guerre de 2008. Et là, pour le coup, c’est une tannée poulpesque qui les attendait à la remonté sur le radeau de la Méduse…
Alors on se dit que finalement ce n’est peut-être pas une spécificité propre aux gallinacées que de savoir encore chanter les deux pattes dans la m…..
Faut vraiment arrêter de vaincre les gars et de faire pétocher le Ministère, car on va tous finir à poil à faire la manche dans le métro!…
Récemment, l’un des éminents délégués de ces fédérations « représentatives », qui par ailleurs a toute notre amicale estime, nous faisait le reproche de supputer et de laisser entendre qu’« ils » ne servent à rien ? Quoi répondre en restant politiquement correct ?…
S’ils servaient à quelque chose, ces syndicats « représentatifs », çà se saurait ; l’ASV aurait été défendue avec force, fermeté et probité, nous serions descendus dans la rue, Monsieur Sarkozy se serait retrouvé avec une plainte en diffamation et des excuses publiques à nous faire pour ses insultes injustifiées et fort déplacées envers la profession, la DEP serait définitivement caduque et sortie du champ chafouin des courtiers fiduciaires d’Etat, le « sondage » malintentionné, malhonnête et burlesque de l’UNCAM aurait vu son destrier budgétaire meurtrier s’abattre en pleine course tant la farce est ÉLÉPHANTESQUE et le foutage de gueule patent ! Et la HAS ??? Remis à sa juste place de laquais d’Etat s’il en est - et il en est ! - à même titre que la sournoise EPP…
Mais de ces syndicats, en cette années de dramatique clivage pour la profession, nous n’obtiendrons que quelques coups de pattes épistolaires, des gros courroux trépigneuses de chaton à peine sevrés, un feulement de castrat…
Il n’y a plus aucun courage dans ces coalitions vidées de leur substance vitale par la supernova ordinale, le chiffre d’affaire d’entreprise ou le politiquement correct. Il n’y a plus que des postulants aux feux de la rampe et aux petit-fours…
Que des postulants ? Non, certes non, loin de là. Mais combien ceux-là, ces derniers mohicans, sont silencieux, tétanisés et muselé par l’oligarchie.
Fatigués aussi, pour beaucoup, de prêcher vainement dans le désert…
Un peu de géopolitique à présent
L’on nous demande souvent si les Skuds désirent créer un nouveau syndicat. Les Skuds n’ont pas la réponse aujourd’hui. Il ne semble pas indispensable, à nos yeux et dans un premier temps, de créer une nouvelle entité qui risquerait de diviser, donc d’affaiblir, encore un peu plus notre profession face à un gouvernement qui ne fait ni quartier ni prisonnier.
Maintenant si, les temps venant et malgré nos appels à la « table ronde », rien ne semble se mettre en branle, les Skuds, évidemment, réfléchiraient à d’autres options possibles.
L’on nous demande parfois si nous sommes « anti-Ordre » ou « anti-syndicat ». Nous ne le sommes pas, loin s’en faut. Nous sommes « anti-conformistes », d’autant plus si cela doit rimer avec « confort », le confort des idées accommodées, pour ne pas dire partisanes, le confort des alcôves douillettes du pouvoir, des cabales juteuses, des petits particularismes qui plombent toute une profession. Voilà tout.
Rien n’est plus amorphe, plus dystonique, plus abscons, moins porteur d’avenir que le conformisme. Je rappelle que son étymologie vient de « se conformer », du Latin « con » et du Grec « forme », soit en finalité « en forme de con » ou bien encore de « con en forme ».
Pourtant, il faut clairement entendre ces préceptes de bon sens ; une profession sans syndicats vigoureux serait livrée illico à la cécité d’Etat, une profession sans Ordre ne saurait évoluer durablement vers une plus haute reconnaissance. Mais pas n’importe quel syndicat, et pas n’importe quel Ordre car, autre grand précepte, il faut mieux vivre seul que mal accompagné…
« On » dit souvent de nous que nous sommes des « agitateurs ». Nous acceptons volontiers ce qualificatif si cela s’entend au sens « d’agiter » comme agiter le bocal aux carpes croupissantes, agiter le tonneau afin d’en faire remonter à sa surface la lie…
« On » dit également que nous serions le « sous-marin torpilleur » les « concombres masqués » de telle ou telle coalition syndicale. Curieusement, cette même coalition dit également la même chose de nous…
Notre vision de l’avenir
2009 sera l’année du « ras-le-bol » de toute une profession, peut-être de la mazarinade, de la fricassée, de la rémoulade, en tous les cas de la rupture du consensus mou. Et là encore il est important de préciser qu’il n’est pas nécessaire d’être con pour manger sans suel.
Elle sera également hélas (et je dis bien, hélas!) l’amorce du régime sumotori, qui verra leurs adhésions fondre comme neige sous la lune par le double effet kiss cool d’une obole contrainte à l’Ordre matinée d’un manque total d’anticipation du phénomène par nos mandatés. Leur cécité en la matière confine à la surdité. Il était évident, sans pour autant sortir de Saint-Cyr, que sans une baisse drastique de son ticket d’entrée le spectacle syndical ne ferait pas salle comble. Là encore, on ne peut qu'ovationner la clairvoyance…
Mais également par l’alliage des genres et l’interférence incessante des prérogatives peu ou mal délimitées par nature puisque Ordre et syndicats ont un vase communiquant en flux tendu.
Ce sera également la montée en puissance des ligues dites « minoritaires » à la foulée plus souple et plus altière car tellement moins lourdement aliénées financièrement.
Nous pensons que la FFMKR - si elle poursuit de faire cavalier seul - restera engoncée dans ses prérogatives « majoritaires » et sur son par-devers soi « historique » mais que peu à peu elle verra s’organiser autour d’elle une réforme profonde du syndicalisme au cœur de la profession, une union d’intérêts collectifs au pied du mur, jusqu’au jour de la laisser définitivement sur la touche à couper les citrons.
A défaut de changer de latitude, d’altitude et d’attitude, elle va devenir minoritaire. C’est inéluctable.
Nous pensons que le SNMKR, le SNKG, Alizé, ainsi que d’autres coalitions plus discrètes, portant la vraie parole, tout du moins la parole revendicative du « bas-peuple », tôt où tard feront naître une union sacrée, une « inter-syndicale » - non pas, comme en 2005, cette soubrette d’opérette servant jusqu’au tournis ses trop nombreux maîtres - mais cette fois-ci une coalition nationale réaliste car pragmatique et bien plus frondeuse. La SNMKR pourra - peut-être ? - en être la locomotive, si elle ne chope pas au passage tous les mauvais travers de la Fédé, qui auront vu son déclin.
C’est une conviction profonde. C’est ainsi que les choses vont se passer.
Satisfecit
2008 n’ayant pas été totalement dépourvue de résolutions remarquables, nous tenons à saluer quelques belles, mais trop rares, initiatives de bon-sens :
FFMKR, SNMKR et objectif-kiné du 13 (Bouches-du-Rhône) qui ont su avoir la clairvoyance et l’intelligence de réactiver sous de meilleurs hospices « l’intersyndicale » autours de l’intérêt commun à la profession. Cela aura permis à nos amis provençaux de nettes avancées en matière de DEP, de reconnaissance professionnelle et de posture face aux tutelles locales.
Le ton devenu, après son faux départ tonitruant, plus « modeste » et plus « confraternel » de l’Ordre envers les béotiens manuts que nous sommes, mais vaches laitières tout de même.
Le rapprochement - enfin ! - de la FFMKR à l’axe inter-syndical autour de la création d’une éventuelle « Université de la kinésithérapie » ce que certains envisagent comme l’aube du futur LMD (licence, Maîtrise, Doctorat) et donc de l’évolution à terme de la profession vers une plus grande reconnaissance et indépendance. Nous regretterons simplement que cette Université prévoie de rester payante et plutôt onéreuse (encore un pari perdu face à l’Etat et légère compromission envers la Fédé et ses « formations continues » qu’on aime tant. Mais il faut bien recaser les profs du privé à tarif décent…).
Pourtant, il faut être honnête, c’est une grande avancée d’intention, et sans le soutien inconditionnel de ces enseignants, Macache-Bonnot l’Université !
Le recul de cette hérésie honteuse et sournoise que fut l’EPP, perpétrée dans et par les geôles fiduciaires du Pouvoir. Mais - méfiance ! - l’Hydre à sept têtes, telle la DEP, n’en finira pas de voir ces méninges malveillantes repousser sous une forme hideuse ou une autre…
L’avènement du syndicat Alizé, l’élargissement de la blogosphère et donc de l’information « libre-penseuse » telle Kinéplanète et, bien sûr, nous aurons une pensée particulière émue pour l’exxxxxcellent site Kiné-Skud.
Ce que vont faire pour vous les Skuds en 2009
Poursuivre leur mission d’information « grand public ».
Lever les lièvres toxoplasmiques avant qu’ils ne contaminent définitivement de leurs yeux rouges le troupeau.
Placer sans concession chaque syndicat, l’Ordre, l’UNCAM, l’Etat, au pied de leurs (ir)responsabilités, de leurs atermoiements, de leurs compromissions au Dieu Argent et Pouvoir.
Traquer l’EPP, l’agression d’Etat envers l’ASV, le « panier de soins » de la HAS, le retour de la DEP et donc, déguisé, celui des quotas.
Quelques nouveautés, qui ne devraient pas laisser le landernau indifférent, à découvrir au fil de nos colonnes à venir.
De jolis et tonitruants interviouves.
Plein, tout plein, de gens très en colère contre nous, qui trépigneront du pied.
S’ouvrir régulièrement un bon cru à votre santé.
Allez, pour finir, un petit Léon-idas pour fêter l’Année Nouvelle !
Histoire vécue personnellement ; dans quel cas, et dans quel cas seulement, serions nous comblés de voir se transformer en 1 euros l’unique pièce de 2 euros que l’on a dans la poche ?
A 21 heures le soir, par moins 10°, alors que l’on a plus un radis dans le frigo pour le w.e., qu’on prévoit à la gamelle l’arrivée d’une cheftaine-scoute et de ses 38 louveteaux et que l’on se retrouve solo-man comme un benêt face à la file de cadis cadenassés sur le parking de Carrefour…
Léon Truculus