Le chasseur-cueilleur expliqué aux Nuls
ou
Pourquoi tu t’es fait piquer tes noisettes
Durant une paire d'années, 65 000 pour être exact, et pour cause de méchant coup de pied au postérieur hors du paradis terrestre, l’Homme a été un chasseur-cueilleur. Telle la gaie libellule, il batifolait avec son petit panier d’osier de baies sauvages en baies sauvages, flinguant de temps à autres un mammouth. Là, c’était ripaille, on sortait le service en porcelaine du dimanche. L’australopithèque adorait poser du papier peint, surtout avec des motifs d’aurochs. Entre deux fresques, il montait la garde devant la grotte familiale, éructant quelques insultes bien senties aux voisins toute massue en avant et l’étrennant de temps à autre sur un v.r.p. en crème de brontosaure.
C’était une époque très gaie, une époque insouciante, on se trucidait en se poilant. Cà ne mangeait pas de pain, ou alors seulement celui des autres. D’ailleurs le pain n’existait pas encore, Jésus n’avait pas encore inventé la boulange industrielle.
Il y avait plein de Dieux. De quoi faire un vrai match de rugby avec arbitres suppléants. Le Dieu de la pluie, celui du beau temps, bien plus malin celui-là car il venait toujours après, le Dieu du baobab, du sac aspirateur…
Puis l’homme s’est mis à être moins dispersé et bien plus con-structif, si cela était encore possible. Sont venus Monothéisme et Conscience. Celle-là même, bonne ou mauvaise, qui comprend qu’une noisette çà pousse et qu’on va construire un village autour pour bien la surveiller grandir des fois qu’on vienne nous la piquer. Alors l’homme est devenu sédentaire, grégaire, conservateur, discipliné, docile, servile, corvéable à souhait et les premiers fonctionnaires des noisettes sont apparus avec leurs ronds de cuir en diplodocus. Le pithèque en cravate a remisé sa massue au garage à côté de la tondeuse Casto et, Sans Exaspéré, il a abandonné les aurochs pour dessiner des moutons, ressemblant forts à ses congénères, à s’y méprendre.
Mais les ennuis n’ont fait que commencer. Les petits pithèques, comme ils en avaient quand-même gros sur la patate (qui venait juste d’arriver des Amériques) de se faire régulièrement défriser par les balaises, ont appelé leur pote Darwin qui leur a conseillé de s’adapter grave et d’urgence. Peine perdue dit-il pour l’abonnement au Gymnase Club et les sachets de protéines, les nabots partaient de trop loin, fallait plutôt se lancer dans un truc novateur, une méthode qui laisserait les gros roides sur la tranche ; les privilèges de classe. Et c’est là qu’est né le gros c.., qui, par principe, est forcément gros donc, et toujours dans la mauvaise tranche…
Mais où ça s’est compliqué vraiment sévère c’est que, forcément, il fallait un chef de village, un méga-burné, pour compter les noisettes et tenir tout ce petit monde calmos au frais. Ce fut le début des haricots.
Ca, ce bins, c’était seulement il y a à peine trois mille ans…
On prend à présent un semi-remorque de base, genre dix tonnes de colombins de porcs concoctés avec amour en Bretagne et lancé à 65 kilomètres à l’heure sur nos Nationales pour épandre sur nos cultures ses étrons pustuleux et nous foutre la migraine ou la gerbe. Demande-lui de freiner sur trois mètres. Forcément, va y avoir du piéton décalcomanisé et de la fiente répandue sur le carreau. C’est pas vraiment de sa faute à ce pauvre camionneur, derrière lui, il y’a 10 000 kilos d’hormones pestilentielles qui le poussent au fion. Exactement comme l’encéphale primitif du chasseur-cueilleur qui doit débrayer en 3 000 ans…
Ben voilà, tu as compris la bombe à neutron des glandes testiculaires qui formatent ton existence et qui te pète à la tronche en permanence. Mais, surtout, tu as compris celles qui pilotent les copains, dont ton banquier-grosse-massue et tous ceux qui te gonflent le mou à longueur de journée, et là, pour le coup, c’est plus un match de rugby qu’on peut jouer mais le retour des Bleus en 98 sur les Champs-Élysées. Car çàrtre je te le rappelle, l’Enfer c’est toujours les autres.
Trois couches dans ton cerveau, même lorsque tu te brosses les dents ou que tu patientes écumasse à la caisse avec ton caddie que la petite vieille parkinsonienne de devant elle daigne enfin les chausser ses besicles sans se louper le naze ; la reptilienne (quelques centaines de millions d’années) la mammifèrienne (plusieurs milliers) et la supérieure (deux à trois semaines pour les plus méritants d’entre nous). Tu veux encore lutter ? Ne t’étonnes pas d’avoir parfois encore la tronche cabossée ni de t’être fait refiler en loucedé un Ordre plein de pithèques en pagne qui guinguettent la danse du scalp ou de voir tes petites noisettes, pour quand tu seras vieux, croquées par d’autres plus sévèrement burnés. Même si ce sont tes noisettes à toi, rien qu’à toi, et que tu en as bavé pour les amasser…
L’ASV, à ne pas confondre avec l’AVC, même si ça t’explose pareil à la tronche, est juste un petit larcin entre pithèques bons-enfants sur leur par-devers soi en légères foulées matinales. Juste un petit retour de massue, une madeleine de Proust, venus d’un temps que les moins de 3 000 ans ne peuvent pas connaître.
Mets-toi donc une seconde à la place de Nicolas-grosse-massue-gardien-de-la-grotte. D’un côté les médecinpithèques, gravement costauds, et de l’autre les auxiliairopithèques qui, même sous Viagra, bandent plutôt mou. Tu fais quoi toi, lorsque tu as une Carla qui t’attend le soir au coin du feu et qui réclame son cuissot de mammouth ? Ben tu fais comme tout le monde, tu fais alliance avec les musculeux…
Je te vois venir, tu es déçu. Avec ton désir d’icônes et de veau d’or, tu voudrais Nicolas investi d’une sorte de supra-conscience, d’une mission sacrée ? Qu’il porte à tes pieds mécréants les Tables de la Loi ? Qu’il te montre le chemin d’un doigt prophétique ? Mais là, mauvaise pioche lascar, son doigt tu te l’es pris dans l’œil… Nicolas, il est comme toi, il songe juste à une chose, à la tranche de jambonneau qu’il doit ramener coûte que coûte au tipi après douze heures de dur labeur. Il n’a pas plus d’élévation d’esprit ni de conscience humaine que toi au matin lorsque tu fais fuser ton café avec l’œil pétillant du bœuf en rut.
Nicolas, en d’autres circonstances, aurait été plombier et aurait fait marrer la ménagère avec sa gouaille et ses facéties, en l’entubant de temps à autre d’un chauffe-eau d’occas'.
Sœur Emmanuelle est morte, et avec elle une part considérable de la conscience sociale et humaine, une des dernières consciences ou, pour être exact, de notre mauvaise-conscience, qu’il nous reste en ce monde de brutes. Mais sœur Emmanuelle était fauchée comme les blés et ne briguait aucun mandat.
Voilà la Conscience que tu cherches, lascar.
Celle qui sait qu’un enfant meurt de faim toutes les deux minutes alors qu’il y a sur terre de quoi nourrir toute la population et stopper net ce génocide en quelques mois, s’il n’y avait pas le spéculateur à la grosse massue qui n’a pas su freiner sur trois mètres…
Ce qui est regrettable, ce n’est pas que l’homme soit assez médiocre pour accepter de laisser mourir chaque jour tant d’enfants qui pourraient être les siens, ni que ce gouvernement, au profit des amis du Capital, nous ait dépouillé de notre retraite d’honnêtes travailleurs, c’est qu’entre le pithèque de la préhistoire et nous, un martien en congés payés ne verrait toujours pas la différence et qu’il va ramener de sa virée sur terre de sacrées mauvaises photos de vacances…
Léon Truculus