Le guide du roublard
Comme chaque année, avant mes pérégrinations estivales, j'achète ce merveilleux petit guide bon-marché aux relents désuètement post-soixante-huitards. Cette année, j'ai décidé de passer mes vacances en Kinésithérapie.
Coincé entre l'Esthétiland d'un côté et les Etats Fédérés d'Ostéopathie de l'autre, il apparaît que maintes guerres aux frontières en redéfinissent incessamment les contours en perpétuelle mouvance.
Egalement, la diversité des dialectes laisse pantois. Une vraie tour de Babybel ! Un vrai fromage ! Même pour un autochtone aguerri, simplement traverser la rue pour acheter son pain (justement pour son fromage) - et que dire de s'aventurer à plus de cent mètres de chez soi ? - relève de la gageur linguistique. Toi tarzan ? Moi Jeanne ? Non, toi Tarzan. Alors, moi Jeanne ? Bon, si tu veux, allez lâche l'affaire...
Le PNB de ce petit Etat est inaudible, à peine 3% des richesses médicales, mais irrite ses voraces voisins, qui voudrait bien se ré-approprier sans quartier ces graines à moineaux faméliques. Il n'y a pas de petit bœuf pour le piranha en virée...
Pourtant ce pays n'a rien d'enviable. Passablement anthropophages sur les bords, leur plat national, la gnome-en-raclure, est parfaitement indigeste. Ces gens passent d'ailleurs plus de dix heures par jour au cabinet.
Très arriéré sur le plan spirituel, leurs femmes (54%) n'ont pas droit au chapitre. Elles se contentent de besogner en silence au champ tandis que le mâle dominant décide des récoltes à venir. L'australokithèque à la massue hyper-testostéronisée veille au grain (à moineaux donc) en bombant le torse devant sa grotte, vitupérant de temps à autre un grognement de castra lorsque le tank de l'occupant S.S. lui écrase un harpions.
Mais ses gens sont très pieux. Ils disent AMM à tout. Même lorsque le Prince (un monarque à la solde d'un puissant consortium de nettoyeurs à vapeur) leur botte le troufignon.
Il n'en reste pas moins qu'à la manière du Koweït en son temps, c'est un Etat très convoité. Sans doute du fait de son accès sur l'amer...
Mais il importe, semble-t-il, de le visiter très vite, ce petit pays résiduel, cette double virgule après le zéro législateur, car, république bananière s'il en est, il n'est absolument pas à l'abri d'un putsch des généraux.
Je referme mon guide. Je ne suis plus aussi sûr de vouloir passer mes ablutions estivales, si chèrement gagnées, au Tiers-monde, avec mes déjà propres tourments d'homme qui, déjà, sont au taquet de la fatigue des choses. Là, çà navigue trop en eaux troubles et je n'ai pas vraiment envie de m'en refoutre une re-couche sur le bourre-pif ni de devoir re-potasser mon Darwinisme ou l'art du crawle, pour avoir une chance de me voir pousser des branchies...
Cette année, j'irai à Disneyland. Là au moins, avec mes oreilles de Mickey, je passerai inaperçu...
Léon Truculus