Feuille de (dé)route ?

Publié le par Kiné Skud


La conscience de soi est un doux mélange entre ce que l'on croit savoir de sa propre valeur et ce que les autres veulent bien y accorder d'importance. L'inadéquation entre ces deux courants de pensée créait la dépression ou la schizophrénie.
 


Les Skuds ont jugé qu'une profession qui ne se fédère pas, donc qui n'accorde aucune valeur à son propre destin collectif, est une profession dépressive. Or, l'on ne peut sortir de la dépression qu'en redonnant du « sens ».


De même, nous avons jugé qu'une même profession qui, pour survivre, doit fuir le cœur du métier pour s'engouffrer tête-première dans le déconventionné, l'esthétique ou la perversion de la NGAP, est une profession schizophrénique. Et la schizophrénie se soigne en recentrant l'individu sur une seule de ses identités, de préférence la structurelle.


Il nous a donc semblé que perte du « sens » et perte du « repère » nous livraient inévitablement à la Loi de notre propre jungle conceptuelle et que, lorsque l'exemple ne vient plus de haut, chacun reprend naturellement le « sens » à son propre compte, et cela s'appelle l'anarchie.


Entendons-nous bien, nous n'avons rien contre l'anarchie en tant que laboratoire philosophique, mais l'anarchie ne conforte pas une société d'humains. Or si, à titre individuel, nous cultivons chacun notre propre jardin et notre anarchisme botanique, la kinésithérapie, expérience collective, est inter-dépendante de tous.


Rome la Magnifique, après des siècles de rayonnement sur le monde, s'est écroulée ainsi. Par manque de « sens », olfactif pour certains, qui diront que ce fût à cause du nez de Cléopâtre ou de Nez-rond, tout, quoi qu'il en soit, fût affaire de manque de pif...


Et, puisque nous en parlons, rendons donc à César ce qui appartient à César :


L'on nous reproche d'enfoncer des portes ouvertes. Certes. Mais si elles étaient si ouvertes que cela, nous n'aurions pas à les enfoncer.


L'on nous reproche de reprendre à notre compte des thèmes maintes fois rebattus par les syndicats institutionnels. Re-certes. Nous ne faisons pas la course au brevet.


L'on nous reproche d'être « populistes ». Re-re-certes. Si « populiste » s'entend comme exprimer la voix du peuple et lui donner voix au chapitre.


Quoi qu'il en soit, nous sommes heureux de voir qu'aujourd'hui certains thèmes chers aux Skuds, thèmes jusqu'à présent hautement confidentiels, comme « l'acte unique » ou « la première intention thérapeutique » sont à présent largement débattus sur les autres forums, comme si cela coulait de source. Car c'est oublier qu'il y a encore peu de temps, cela ne coulait surtout pas de source.


Bien sûr, de longue date, ces thèmes existent dans les cartons syndicaux, nous n'avons pas la prétention de la primauté, mais ils n'étaient pas déballés ni distribués à une profession pourtant bien affamée. Jugés comme trop novateurs ou trop téméraires, on se les chuchotait dans les alcôves du pouvoir, mais on se gardait bien d'éduquer au schisme une population forcément infantile et que l'on jugeait immature. Et que dire de mécontenter « l'Empereur » ?


Or les Skuds pensent que la profession est prête et que « l'Empereur » est intelligent. Mais « l'Empereur » règne en pragmatique et n'entend pas la voix des fourmis ni des comploteurs d'alcôve.


Nous pensons que l'opinion publique, celle des kinésithérapeutes pour ce qui nous mobilise, peut s'éduquer et évoluer, jusqu'à ce que certaines idées, hier encore stigmatisées d'utopisme forcené, s'imposent peu à peu comme une évidence.


Il y a encore dix ans, seul une poignée d'initiés s'inquiétaient de la couche d'ozone. Nos voitures crachaient à plein gaz sans que personne ne s'en inquiète le moins du monde. Ni vous ni moi. Aujourd'hui, stationner deux minutes derrière un camion pétaradant sa fumée noire devient pour tous un supplice et une révolte. C'est cela la prise de conscience d'une opinion publique.


Les Skuds n'ont pas vocation à fédérer la profession, même si nous en faisons parfois boutade. Nous savons que nous sommes faibles et que les contre-pouvoirs en place sont puissants et anciens. De plus, le « politiquement correct » et les « honneurs de la Cour » nous fatiguent un brin jusqu'à nous faire bailler. Mais nous avons la prétention d'infléchir le regard que le professionnel et l'institutionnel porte sur lui-même et sur son avenir, et nous pensons que nos idées, à défaut d'être, pour certains, innovantes, auront au moins le mérite de devenir coutumières à tous et de perfuser la profession jusqu'au « çà va de soi ! ».


Nous savons, sans prétention aucune, que l'Ordre et les représentants syndicaux viennent régulièrement consulter notre site et en prendre la température, lorsque ce n'est pas ombrage. On nous trouve provocateurs, on nous trouve dérangeants, mais l'on tient compte de nos propos, on en discute, et on les répercute. C'est le but. D'ailleurs, certains plénipotentiaires nous ont déjà fait l'honneur de reprendre à leur compte quelques-unes de nos propositions ou, tout du moins, d'oser enfin se « lancer » à les exprimer au grand jour. C'est ainsi que les choses vont évoluer.


Les Skuds continueront d'être provocateurs, dans le bon sens du terme nous l'espérons. Car l'explicatif et le pédagogique ronronnant, arsenal antique de nos syndicats et de notre Ordre pourtant Nouveau mais déjà si ancien dans ses modalités, semblent, à nos yeux, avoir montré ses limites sans jamais parvenir à mobiliser une profession amorphe et ego-centrée.


Il y a rupture du faisceau hertzien de l'intérêt et de la crédibilité institutionnelle. A l'heure de la TNT, le kiné « de base », soit 90% d'entre nous, a zappé sur d'autres chaîne bien plus ludiques.


De plus, sans démagogie aucune, nous oublions un peu vite que 54% de notre profession est actuellement aux mains de nos consœurs. Et, à de très rares et notables exceptions près, nulle part nous les apercevons sur les organigrammes ordino-syndicaux, ni ne les entendons seulement s'exprimer. Il y a, là aussi, comme un malaise d'identification, une schizophrénie, entre ce que nous nous plaisons à imaginer de notre métier et ce qu'il est réellement sur le terrain.


La kinésithérapie est féminine, qu'on se le dise. Et, à titre tout personnel, et au vu de guerres inter-galactiques ordino-syndico-hormonales auxquelles, petites fourmis terriennes, nous assistons, gringalets, j'aurais tendance à ajouter que c'est tant mieux...


Il y a d'ailleurs - appel à la population du beau sexe - trois postes à pourvoir au bureau des Skuds afin de contre-balancer avantageusement notre trop plein de testostérone.


Ce qui est grave, ce n'est pas d'avoir des défauts, nous en sommes tous truffés jusqu'aux oreilles, mais de les méconnaître.


L'avenir nous dira si nous avons eu tort ou raison de croire en votre majorité silencieuse, et si nous aurons su participer à apporter à notre profession ce début d'interrogation et de participatif salutaires que nous nous souhaitons à tous.


La grande, l'immense, la bouleversante, Etty Hillesum disait : « Il faut prendre au sérieux son propre sérieux ».


Nous, plus humblement, nous dirons : « Notre sérieux s'arrête où commence celui des autres »...


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Publié dans Analyses sociologiques

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S
C'est à se demander d'où vient cette prolifération de syndicats tant tous se retrouvent autour des mêmes idées.!
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M
Bravo à tous, ça soulage de voir les idées du S.N.K.G enfin relayées!Bienvenue sur notre site.
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