La diagonale du fou
A l’ancienne oligarchie verticale, clairement balisée, a fait place aujourd’hui la ploutocratie horizontale confuse. Etre syndicat dit « représentatif » de la masso-kinésithérapie, qu’il soit FFMKR ou SNMKR, ne « représente » plus rien d’identifiable tant l’impaction, pour ne pas dire la causalité à l’Ordre jouent à guichets fermés.
C’est gamelle-blanche et blanche-gamelle.
To be Ordre not to be ?…
L’Ordre n’a pourtant pas vocation - ni morale, ni éthique, et encore moins institutionnelle - a être progressiste ou à aller batailler sur les terres arides du progrès social. Il a celle d’appliquer la Loi in vitro, donc d’être le regard de l’Etat dans nos petites affaires, et sa main vassalisée. Un juge ne fait pas la Loi, il l’applique. La Loi est un consensus social, fruit de l’évolution d’une société en un point donné de ses mœurs au carrefour des intérêts individuels et collectifs. Il y a des entités bien identifiées pour la conceptualiser (opinion publique, syndicats, presse, intellectuels, philosophes, sociologues) d’autres pour la formaliser (Etat, institutions, suffrages universel) et encore d’autres pour l’appliquer (justice, police, Ordre).
L’Ordre des kinésithérapeutes, et c’est bien sa peine, n’est pas centré en lui-même ni ne s’autocensure. Il est au croisement de toutes les jubilations, et jubile de tous les croisements. C’est un hybride vaguement déterminé, donc peu viable en termes darwiniens, car inintelligible dans le biotope fonctionnel.
Sa seule porte de sortie, sa survivance - mais ses nonces plénipotentiaires accrochés comme phtiriases au pouvoir se refusent à l’entendre - serait une cure drastique de ses doublons et la résolution de son fantasme autocrate à une simple chambre d’enregistrement à trois francs six sous, ce dont s’acquittait parfaitement et pour pas un rond la DRASS, et à une chambre disciplinaire, ce que là encore la justice française nous offrait gracieusement. Cela sous-entend bien sûr la régression de nos vieux pensionnés syndicalistes aux émoluments peu enchanteurs de Dame CARPIMKO, le régime commun en quelque sorte, à défaut de régime bananier…
De leur coté les syndicats, d’un point de vue culturel, n’ont aucune destination à ce compromettre avec un Ordre qui, par nature intrinsèque, est leur anti-thèse réformatrice. Partagés entre concepts progressistes et postures réactionnaires, évolution sociale, par définition transgressiste, et conformation aux Lois, cela inévitablement provoque en eux une pensée schizophrénique, donc une paralysie du système, ou encore expose une profession fragilisée, livrées pieds et mains liées, aux exactions d’Etat.
Mais les head-offices syndicales ne pensent pas les choses ainsi, et ce genre de propos les exaspèrent même au plus haut point car, le nez sur la carte au trésor, de longue date elles ont perdu boussole et compas.
Par ailleurs, nous savons que l’Ordre fraye à grands bruits avec l’Etat, dont il est le concombre masqué et le suppositoire glycériné. En particulier avec la sournoise HAS (Haute Autorité de la Santé) de manière à accoucher au forceps du « petit panier de soins opposables » et de la perfide EPP, ex « Evaluation des Pratiques Professionnelles » rebaptisée en un plus diplomatique « Développement Professionnel Continu », mais qui sera à terme, quelle que soit l’appellation finale, le fer de lance de la cure d’anorexie et du déconventionnement tout azimut de la profession.
Ors, par un curieux concours de circonstances, nos représentants institutionnels, qu’ils soient leaders syndicaux, ordinés, ou membres honoraires de la HAS, ont tous un pied dans l’univers de l’autre, au feu croisé de toutes les décisions et de tous les intérêts, et sont emboîtés réciproquement avec une précision kamassoutrenne. Il en ressort une totale confusion des genres et une pensée mono-code au plus grand dommage du sens critique.
Le Nirvana de la kinésithérapie en six étapes
Atteint de réunionite aiguë auto-congratulant, de raisonnements talés à force d’être consanguin, notre Cartel ordino-syndiqué s’est construit mentalement un Eldorado dégénéré, l’Utopia de la Grande Kinésithérapie franchouillarde. Un bidule rutilant, un Reblochon à roulette, fait de briques et de brocs, de combines à Bébère, un radeau de la Méduse dont ils seraient les capitaines Fracasse. C’est le consensus mou de la pensée gastropode pour tous et non-hiérarchisée. Sens critique et dissidence s’abstenir sous peine de grand coup de pied au fion hors de la Babel oligarchique.
« La Physiothérapie ». Nouvelle future appellation incontrôlée de la kinésithérapie. C’est beau, c’est high-tech, çà sent bon le six cylindres en ligne, et ça a surtout le mérite de gommer quarante années casseroles syndicales, des décennies de non ré-évaluation accrochées aux basques d’une « image de marque » quelque peu écornée aux angles, de routine paupérisant. Gâteau sur la cerise, également de recoller aux wagons de l’international, principalement anglo-saxon, qui a su mieux défendre la cause et le salaire de ses professionnels. Un peu naïvement on imagine qu’il suffira d’endosser le petit costume de Superman pour pouvoir se balancer de haut des grattes-ciel sans s’aplatir comme une vieille crêpe bretonne sur l’asphalte…
« L’Ordre ».Tout cela sera régit sous la haute autorité d’un Grand Izno-gode professionnel, sorte de supra-syndicat de recyclage en charge des plénipotentiaires en fin de carrière et des jouvenceaux arrivistes au sourire fluoré. Pognon sur rue et bras armé (ce qui a toujours cruellement fait défaut au dits syndicats) il sera le garant manu-militari de la qualité morale de toute une profession. Le problème c’est qu’avant de moraliser il faut l’être soi-même, moral, au risque de faire nez de clown sur Pinochet ou bas-résilles sur sœur Térésa…
« La sectorisation ». A l’instar de ce que viennent de subir nos amis infirmiers. Donc la perte du libre-choix du lieu d’installation. Cela nous pend au nez. Touchant principalement nos jeunes collègues, sûrement en fonction de leur place de sortie au D.E., moyennant une indigente augmentation (5 à 7%) vite compensée par dix années à suivre, et déjà programmée, de non-réévaluation. Cela sera bien naturellement approuvé par nos dinosaures du Cartel puisque présentant pour eux le triple avantage d’une augmentation tarifaire immédiate sonnante et trébuchante, d’une revalorisation inespérée - alors qu’ils ne valaient plus un clou - de leurs cabinets fossilisés par abolition de la libre-concurrence, et d’une mesure parfaitement indolore à leur égard, puisqu’il y a long feu qu’ils ont fait leur pelote, leur vie, souvent ailleurs que dans la kiné (syndicats, Ordre, etc.) et que leur conjoint, également près de la retraite, ne risque plus d’être délocalisé dans le Vercors…
« L’EPP ». Sorte de label Iso 900 d’une profession passée à la moulinette technico- réductrice, à la rémoulade lobotomisée, indifférenciée, totipotente, marchant au pas de l’oie, que quelques élus dorés sur tranche directement sortis des ateliers fumeux de la HAS et parachutés pour l’occas. Grands Manitous du mieux-soignant et du savoir-faire moins cher que nous, scanderont au son béatifiant d’une javanaise monocorde.
Quelques questions pourtant nous brûlent les lèvres :
Qui contrôlera les super-contrôleurs ? D’où viennent-ils ? Qu’ont-ils de « meilleur » que nous ? Qui saura le démonter ?
Qu’adviendra-t-il de ceux qui ne satisferont pas aux « critères » ? Simple conseil « amical » ? Blâme ? Déconventionnement ? Diplôme à points qu’il faudra reconquérir sur les bancs de la lucrative formation continue FFMKR ou SNMKR ?
Lorsque l’on sait que « l’obligation de moyen » est inscrite au Code de Déconologie, nous pouvons imaginer toutes les dérives procédurières possibles. Pourtant, et fort curieusement, aucune littérature post-EPP n’est aujourd’hui accessible aux manants que nous sommes…
« L’impôt syndical » par tonte obligatoire sur la bête ruminante - donc nous - pour pallier au naufrage subséquent à la gabelle ordinale syndico-sclérosante et offrir sur un plateau d’argent les pleins-pouvoirs financiers, les vacances au Cap d’Agde, à quelques hobereaux, les laissés pour compte du premier tour de l’ascenseur ordinal. C’est le « cadeau » de l’Ordre aux petites-mains du Cartel, pour sévices rendus…
« Le petit panier de soins opposables ». Il est évident que c’est de loin la transfiguration la plus violente à terme de notre statut professionnel. Celle qui mettra tant et tant d’entre-nous sur la paille. Nous deviendrons de parfaits petits fonctionnaires de ville. Pas de salaire minimum, mais un salaire maximum. Une PTH « voudra » tant sur l’ensemble du territoire français. C’est également un camouflet à peine voilé à la face de notre indépendance, de notre savoir-faire, de notre conscience professionnelle. Un acte de suspicion, d’immaturité admise, honteux et avilissant à notre égard. Autant dire à un médecin combien de fois il devra recevoir une personne porteuse de la grippe ou d’une sclérose en plaque…
C’est cela la « Grande Physiothérapie » de demain, absconse, réductrice, vassalisée à l’Etat, qui nous appauvrira tous à terme, jettera des milliers d’entre-nous hors du conventionnement, donc à la rue, que nous préparent et qui fait cavaler comme pucelles à confesse nos petits prétendants au trône.
Pour en finir, et à qui douterait encore des collusions d’intérêt syndico-ordino-gouvernementales, voici un petit extrait de la dernière réunion faite au siège de l'Ordre national des kinésithérapeutes, a laquelle les centrales étaient convoquées en grandes pompes afin de mieux répondre aux oukases de la HAS :
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"Pour la réunion EPP qui sera appelée bientôt Développement Professionnel Continu, ....., le CNO et L'HAS ont besoin de nous (les syndicats « représentatifs ») pour faire gober la pilule de l'évaluation des pratiques professionnelles à nos confrères. C'est plus une démarche de communication,....., une nouvelle recommandation doit sortir en JUIN.
La carotte et le bâton ont été maniées par le représentant de l'HAS qui nous a évoqué les intentions ministérielles si nous ne cautionnons pas ces évaluations."
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A ne pas en douter, entre des mains aussi bien-intentionnées, l’évolution de la kinésithérapie est assurée…
Léon Truculus