La fracture
Les jusqu’au-boutistes
Dans le nouvel univers syndico-Ordino-manichéen, à présent fortement quadrillé par les barbouzains, chacun est intimement convaincu (sauf les inévitables affriolés de la ta-tape-au-chien-chien) du fourvoiement de l’autre, de la vaste fumisterie, et de la grossen farce teutonne. Les coutures rompent de toutes parts tant le biband’Ordre est boursouflé, mais nul n’est supposé faire œuvre d’encéphale ni de liberté intellectuelle. L’Ordre Nouveau, tel le Veau d’Or’dre, se doit d’être glorifié en bloc, baisé aux pieds sous la menace, quels que soient les délires grandiloquents ou les abus patentés. Que l’on soit simple bouffeur de jetons de présence ou membre du syndico-cartel, le mot d’Ordre c’est d’être aux Ordres. L’ère de la terreur, lentement mais sûrement, trace son sillon vers les salades verdoyantes…
L’Ordre est la danseuse des syndicats. Le Moulin Rouge est leur cantine. Il ne faut donc pas s’étonner plus que cela que l’intellect revendicateur des syndicats soit inversement proportionnel à celui de l’Ordre. En physique, cela s’appelle les vases communicants. En Darwinisme ; l’adaptation au biotope ambiant. En politique ; le lobbying.
FFMKR ou SNMKR, vaste écran de fumé pré-supposé « représentatif » (mais comment peut-on se penser une seconde « représentatifs » lorsque l’on représente moins de 7% d’une profession ?) après en avoir été les géniteurs, sont aujourd’hui les Fanettes-au-petit-pot-au-lait de l’Ordre et sa trépignante flagorneuse. Même les plus lucides d’entres eux - pour autant qu’ils souhaitent poursuivre d’exister a minima au sein de l’oligarchie syndicale - ne disposent aujourd’hui d’aucune latitude réflexive, critique ou émancipatrice face aux bouffeurs de rosettes, au risque très sérieux de se faire découper en rondelles, tout président qu’ils sont, et de prendre la porte manu-militari…
La fracture idéologique de la profession - et je parle bien de fracture - n’est plus aujourd’hui tant syndicale qu’Ordinale. Etre de la Fédé ou du SNMKR ne veut strictement plus rien dire sur un plan philosophique tant les intérêts sont concomitants. L’Ordre, de sa superbe, a écrasé toute forme d’intelligentsia revendicatrice. Dans chaque « tribu » les opinions se divisent, s’affrontent, à la limite de la rupture et du schisme. Seul importe aujourd’hui d’être ou de n’être pas la groupie inconditionnelle du pianiste, métron’Ordre qui seul décide, aseptise et rythme le protocole syndical bien-pensant.
On rentre vite dans les rangs lorsque l’Ordre siffle l’air du temps et, qu’on le veuille ou non, il est devenu « le » supra-syndicat. Car l’Ordre est un syndicat.
Déjà un futur sénateur chez nos amis Ordinés. L’ascenseur social vers les Hautes Sphères tourne à plein régime…
Mais le boy-scout de service, le régleur d’addition, c’est toi, mon petit niké à l’AMK suant.
A bon chat bon rat
Et c’est tout naturellement - et en parfaite anesthésie du sens critique syndical, pour autant qu’il en subsiste un - qu’on prend fessier ordinal en 700 mètres carrés parisiens au loyer de 43 750 euros mensuel (hors charges). Cet acte pourtant inconsidéré, impubère, inopportun et insultant envers les cotisants - surtout maigro-salariés - et les difficultés croissantes que traverse la profession, sera immédiatement passé à l’étouffoir des centrales, et toutes formes de jacquerie ou d’indignation légitime, taxées d’attitude anti-ordinale primaire.
Cependant, et vous serez sans doute radieux de l’apprendre, vos cotisations participent activement à redorer l’image du patrimoine français et à financer la louable institution des Monuments Historiques, puisque 440 000 euros, soit 1571 de vos cotisations (oui oui, vous avez bien lu), sont d’ores et déjà budgétisées pour remettre en Ordre ce chef-d’œuvre en péril pharisien…
Il ne vient évidemment à l’idée de personne, tant l’ordino-gâchette des tontons-flingueurs est sensible, que l’on puisse être favorable au concept d’un Ordre « moral », et regretter les dérives claniques, individualistes, syndicales, et financières de celui-ci.
Pourtant le grand sondage effectué actuellement auprès de la population professionnelle par les Skuds (enquête certifiée et ayant valeur officielle des plus rigoureux instituts) est sans appel à ce sujet : un peu plus de 55% des sondés se disent favorables à l’instauration d’un Ordre, mais près de 65% se disent franchement hostiles à l’Ordino-bestiole actuelle si mal-identifiée…
Il est vrai que, pour une fois, ce sondage ne concerne pas uniquement les centrales « représentatives »…
Chronique d’une mort syndicale annoncée
La double-gabelle
Nous ne reviendrons pas sur l’effet dévastateur de la double-cotisation Ordino-syndicale qui clairsème, ou clairsèmera à terme, les rangs des centrales. L’une étant obligatoire, l’autre non, et les deux hors de prix, il ne faut donc pas sortir de polytechnique pour comprendre, dans une profession se dirigeant à grand pas vers la paupérisation, laquelle explosera en vol. Cela devrait donc être à terme extrêmement bénéfique pour une représentativité syndicale déjà proche du néandertalien…
La fuite des cerveaux protestataires vers les sages succursales Ordinales
Une évidence s’impose ; l’Ordre ne peut structurellement pas - puisqu’il y a conflit d’intérêt -défendre la profession contre les abus d’Etat, puisqu’il est l’Etat. L’Etat garanti la pérennité de l’Ordre (alliances avec l’URSSAF, la HAS, les assureurs professionnels, pour contraindre les derniers maquisards à « cotiser ») et - service pour service - l’Ordre pérennise la présence de l’Etat dans notre profession pour mieux en permettre son contrôle.
Or l’Ordre est phagocyté par toute l’intelligentsia syndicale, qu’elle soit devenue interne à l’Ordre, ou restée en concombres masqués dans les centrales.
Le plus bel exemple de cette obédience à l’Etat de l’Ordre, et donc des syndicats, c’est le refus des deux centrales majoritaires, FFMKR et SNMKR, à faire depuis des lustres leur boulot de défense de la profession et même - n’hésitons pas à le dire - à tout mettre en œuvre pour qu’il ne soit surtout pas fait, même par d’autres - et nous ne parlerons même plus de l’attentat d’Etat, honteux, illégal, sur nos retraites (ASV) pour lequel aucun de ces deux syndicats n’a bougé une oreille, à part, parfois, un vague grondement épistolaire…
Aujourd’hui, une nouvelle menace, extraordinairement concrète (nouvelle loi de finance de l’insécurité sociale qui n’attend plus que ratification par le Sénat), pèse sur la profession : le déremboursement progressif de la masso-kinésithérapie par le biais des enveloppes de soins budgétisées : en un mot comme en cent, sous la houlette d’un quelconque technocrate financier, une PTH vaudra tant de séances sur l’ensemble du territoire français et quel que soit le cas particulier. Si plus, le patient ne sera plus remboursé et donc, dans la plus part des cas de classe pauvre ou moyenne, repartira de nos cabinets avec un handicap à vie. C’est évidemment un affront à la capacité analytique du médecin prescripteur, puis au kinésithérapeute, et enfin au malade - pourtant vache laitière de Dame Sécu - à qui l’on interdira tout droit à la différence, à la complication post-chirurgicale, ou au simple confort existentiel.
Notons au passage que cette enveloppe est nécessairement peu objective et polarisée puisque vouée à faire chuter de manière vertigineuse les dépenses de la masso-kinésithérapie, avec l’aide inconditionnelle de la HAS et de l’EPP.
L’autre vocation à terme de cette loi de finance est de réduire, années après années, de manière (presque) indolore, le nombre de séances et les secteurs remboursables de la kinésithérapie, jusqu’à la rendre, comme la pédicurie, presque totalement hors-champ des actes conventionnés, donc remboursables. C’est la mort du petit cheval.
Nous pourrions penser, si nous étions naïfs, que cette formidable dégradation de nos droits et de notre avenir conventionné conduiraient illico nos centrales « représentatives » aux barricades, la bave aux lèvres. Que nenni ! C’est oublier un peu vite l’Ordre et ses danseuses du ventre…
Les Skuds, conscients du danger potentiel, et sans doute fatal, que représente cette nouvelle loi de finance, ont donc décidé, en pleine coordination avec certaines centrales syndicales - elles, toujours au chevet de la profession - de faire le boulot pour lequel sont payés - en théorie - la FFMKR et le SNMKR ; la défense la profession.
Sauf que nous, on ne touche pas un rond, mais bon…
Nous avons donc mis en place avec OK, le SNMKR de Paris et la FFMKR du 13, une pétition d’intérêt général pour défendre ce que nos centrales « représentatives » ne savent plus défendre, c’est à dire la peau de 65 000 professionnels à la place de la leur.
Nous n’obtiendrons pas l’accréditation nationale de la FFMKR et du SNMKR pour notre pétition.
Pouvons-nous supposer que ces centrales ne se sentent pas (ou plus) concernées par la défense de la profession face à des mesures d’Etat iniques ? Ou que voir l’enveloppe budgétaire allouée à la kinésithérapie fondre comme neige au soleil - mettant en péril dans un avenir très proche des milliers d’entre-nous - ne soit plus un « dossier » syndical ? Ou bien que l’Ordre, donc l’Etat, impose l’omerta syndicale sur ce dossier ?
Oui, nous le pouvons, assurément.
La réalité, c’est que FFMKR et SNMKR, au mépris du mieux-être de toute une profession et de l’intérêt général, nous ont refusé leur logo en raison de nos prises de positions prétendument anti-Ordinales, même si, en réalité, nous n’avons jamais été que contre celui-là.
Les dividendes de l’Ordre priment donc à l’évidence, via ses vassaux syndicaux, sur l’intérêt de toute une profession.
CQFD.
Seuls, et à leurs risques et périls - et nous ne pouvons que saluer au passage leur témérité et l’intelligence syndicale - la FFMKR du 13 et du SNMKR de Paris (entre parenthèses les deux structures les plus puissantes des deux syndicats-mères) - se sont positionnés ouvertement au-delà du conflit Ordinal, des prises de positions claniques, pour œuvrer dans l’intérêt collectif.
Cela témoignant d’une fracture Ordinale de plus en plus prononcée entre head-offices et base. La tête dit oui, le corps dit non. Car la décision d’être présent sur notre pétition pour ces deux structures émancipo-centralisatrices - et il est important de le souligner - n’est pas le fruit d’un individu marginal mais du vote majoritaire et démocratique de leur base.
Notons enfin qu’Alizé, de son coté, ne soutiendra pas non-plus la pétition, en raison de la présence de logos pro-ordinaux qu’elle ne désire pas côtoyer. Nous respectons ce choix même si nous le regrettons. Car, au final, cela démontre, si c’était encore nécessaire, qu’au-delà de l’idéologie professionnelle prime l’idéologie Ordinale, comme fracture incontournable à toute réflexion d’intérêt général.
L’Ordre est donc bel et bien le nouveau repère idéologique et la ligne de fracture de toute une profession. A défaut de savoir trouver les ressources et l’intelligence de concevoir une intersyndicale au bénéfice de tous, nous aurons au moins l’espoir de créer une inter-Ordinale dans l’intérêt de quelques uns…
Le Vice et la Vertu
Structurellement l’Ordre Nouveau est malsain car biaisé en ce sens qu’il est syndical et Etato-aliéné. Il ne peut donc en aucun cas faire preuve d’objectivité. Ce que désirent les head-offices de la FFMKR ou du SNMKR - un coup c’est toi un coup c’est moi - se retrouvera de facto et en un temps record dans les statuts ordinaux, donc dans le code de Déconologie. Et ce que veulent ces deux centrales est extrême juteux : de la pérennité, de la formation continue à gogo pour faire fructifier les leurs, du renforcement et de l’institutionnalisation de leurs pompes-à-fric tout azimut, de l’ascenseur social pour leurs disciples, du pouvoir - de préférence non-démocratique et non-consultatif à l’image de l’avènement de l’Ordre, et des avantages en nature. Ajoutez à cela des ego surdimensionnés, saupoudrez d’une pincée d’omerta, laisser cuire à l’étouffée, et l’Ordino-syndico-sauce est prise…
Ensuite, pour s’imposer à l’ensemble de la profession contre tout bon-sens et l’intérêt général, seule porte de sortie envisageable en vérité, c’est la schlague. Mais lorsque l’on commence à donner des coups de boule, le risque c’est de ne plus savoir s’arrêter…
Léon Truculus