Ca fait dés’Ordre
Il y avait, comme bien souvent, deux manières d’aborder la cacophonie ; la bonne et la désastreuse. La bonne consistant à se dire qu’à défaut d’être d’extraction légitime dans les cœurs et dans les urnes, un sang bleu, on le deviendrait avec le temps, qu’à force de patience et de mérite on finirait par être aimé pour ce que l’on sait apporter. La désastreuse se dit qu’un bon coup de pied au troufignon fera office de recevabilité et de ticket d’entrée.
Laquelle l’Ordre a-t-il choisi ?…
L’Ordre qui, aujourd’hui, s’ampoule et nous enguirlande de bien-fondé, semble oublier un peu vite sa base roturière, son charnier natal, sur lesquels repose son putsch accidentel. Ils me font penser à ces jeunes capitaines africains qui, après avoir renversé dans le sang le dictateur en place, désignent quelques illettrés comme ministres de pacotille et s’étonnent de ne pas être reçus dans l’instant à l’ONU, ni de se voir baiser de reconnaissance les pieds par une population abasourdie et qui se gratte la tête devant ces guignols endimanchés…
L’Ordre, ça n’est plus à démontrer, est un coup d’état syndical. Un truc entre compères. Une minuscule poignée d’hommes représentant une non moins minuscule poignée de syndicalistes eux-même représentatifs de…10% de la profession. Soit rien, double-rien, le double-zéro du néant, le bord de l’assiette professionnelle. Et encore, au sein de ce quarteron guilleret de comploteurs d’alcôves, de Brutus à la petite semaine, la lutte fratricide et le vote (car il y en aura quand même eu un tout petit pour la création de l’Ordre) furent Maastrichtien et au poil de grenouille près…
Nous pouvons donc estimer, sans être outranciers, qu’à peine 5% de la population professionnelle d’un pays aura voté favorablement pour l’Ordre. Cet Ordre devenu aujourd’hui plénipotentiaire, arrogant, brutal, et nous faisant plier sous ses caterpillar pointure 31 fillette.
Une bande de comique-troupiers ayant fait main-basse - aux choix - sur la banque, les postes honorifiques, les émoluments juteux, et se parant aujourd’hui, tel des paons, des atours de la pseudo-légalité. Rien de plus…
Il n’appartient pas ici de juger du bien ou du mal-fondé de l’existence de cet Ordre -
chacun voit midi à son tiroir-caisse et à son petit destin d'homminien bouffeur de haubans - mais d’expliquer pourquoi cet establishment est en train de se ratatiner comme une vieille crêpe bretonne, largement mariné à la sauce occitane.
D’autant qu’une loi de la Nation, une loi rétrograde, perfide et anti-démocratique à souhait, dit clairement que la signature d’un seul syndicat « représentatif », même s’il ne représente qu’une pelletée marginale d’intérêts sonnants et trébuchants, s’impose à tous.
Bien joué, les carpes plénipotentiaires !
Pourtant, peu de temps avant la crise de pithiatisme, le trépignage du pied de son appellation de toute évidence non-contrôlée Toulousaine, l’Ordre annonçait Soi-Même sa lente mais prophétique marche vers le triomphe. Peu à peu les derniers maquisards regagnaient, penauds, biroutes en berne, la maison-mère pour se faire cajoler de leur fugue intempestive d’ados en mal d’émancipation. L’Ordre, Bouddha débonnaire, attendait son heure en surfant sur la vague salée-riée. Il installait, en bon trafiquant d’âmes, ses filets à la nuit tombée, convoquait et adoubait en ses bureaux URSSAF et assureurs professionnels pour bien plaquer au pare-brise les derniers moucherons en noce. Et son petit business, cahin-caha, avait l’air de marcher plutôt bien…
Puis soudain, patatrac!, la première bévue ! Le coup des mollets qui gonflent ! Les yeux du smicard qui brillent ! La villa à Saint-Trop avec piscine chauffée ! On déménage en grande pompe vers les locaux Boursiers afin d’y porter les siennes,méga-testostéronisées, et ses augustes postérieurs pour qu’ils puissent s’évaser plus à leur aise en 700 mètres carrés lambrissés.
Prix du mètre carré ; 596 euros/mois. Donc, un rapide calcul nous amène à cogiter que 1490 cotisations/mois d’humbles manuts, soient 49 par jours, partent en fumée pour les aspirations pharaoniques de ces quelques nobliaux aux larges séants…
49 cotisations par jour pour les locaux pharisien de l’Ordre, on comprend mieux la réticence, non ?
Le dégoût, peut-être ?…
La révolte, sûrement…
Et puis re-patatrac ! V’là notre CDO-rose qui vire au rouge et qui se met sur son 31 ! Et alors là tout y passe ! Les vioques, les jeunes, les salariés, les libéraux, les estudiantins ! La grande foire aux claques pour tous et non hiérarchisées !
Pour l’exemple, on commence par choper en pleine rue dix salariés et dix libéraux de passage - des récalcitrants qui n’aiment pas l’Ordre, il faut dire ! Ô les vilains ! - et on colle tout ce petit monde manu militari au poteau d’exécution sommaire et arbitraire. On fusille à vue, à l’odeur, à la gueule, en vous sortant scientistement des textes longs comme le bras, qu’on ne comprend pas soi-même, pour justifier de l’injustifiable…
Mais le vaudevillesque est-il justifiable ?…
Puis, pour faire bonne mesure, on fait des descentes en coupes réglées, des effractions coups-de-poing façon gestap’Ordre, dans les arrière-salles de bistrots toulousains où quelques potaches trop zélés font la promotion du massage et de leur futur métier à l’heure de l’apéro en reluquant les donzelles et en riant entre teen-agers… On convoque alors subito le directeur de l’école locale, pétrifié, et on exige de lui des excuses, la tête des ces importuns sur un plateau ; pas de diplôme pour eux, ces raclures de fumiers de futurs professionnels ! Ils ont blasphémé la main d’ma sœur ! La haute idée du biniou à piston !
Il faut dire, à la déserte de ces pauvres étudiants en masso-kinésithérapie, qu’ils ont le tort de n’être ni massouillo-draino-dépoileuses ni STAPS, car notre valeureux président du CDO 31, notre d’Artagnan de service, notre troublions sur-excité, n’agresse que ses pairs…
Dis, tu n’aimes pas les kinés, machin ?
Un conseil, amis étudiants de la ville rose, pour le Téléthon prochain, ne massez surtout pas, même à l’œil car celui de Moscou, le parrain de la pensée mono-code, veille sur la ville et à la bonne élévation de la kinésithérapie dans les esprits.
Certes pas à celle de l’Ordre…
Moi, je dis qu’arrivé à ce stade de déconodéontologie on frise l’hystérie de blonde, le spasme de gastéropode, l’encéphalogramme plat poulpesque…
On ne dira plus, 22, v’là les flics ! Mais, 31, v’là l’Ordre !
Ordre, peu ou prou, à plus ou moins longue échéance, et c’est ça ta misère, là où tu vas pleurer ta mère, c’est que tu vas te casser la binette. Car on ne peut pas asseoir sa suffisance, surtout lorsqu’elle est à ce point gargantuesque, sur un polygone de sustentation aussi étroit, au risque qu’il se transforme illico en suppositoire non-glycériné. Comme tout Ordre, tu feras des erreurs, il y aura en ton sein des hommes cupides et vaniteux (ils y sont déjà) des fluctuations financières plus ou moins hétérogènes (là, je joue mon joker…) et tu t’es fait tant d’ennemis et si peu d’amis, que ce sera à toi, alors, d’être collé au poteau d’exécution. Comme l’Ordre des médecins parisiens, comme celui des pharmaciens.
Procédurera bien qui procédurera le dernier…
Tout n’est qu’affaire de temps. Et le temps, crois-moi, avec tes velléités si saute-au-paf, tes pitbulls régionaux à la bave aux lèvres, tu ne t’en es pas fait un allié, mais un satané ennemi…
Tu joues gros mon Renié. Je t’aime bien, sincèrement. J’ai bien apprécié le courage de ton interview. Tires-toi vite de ce bordel à queue brinquebalant, regagnes les feux de camps syndicalistes, là où se joue vraiment l’avenir du métier. Laisses-ça, la rosette ordinale, derrière toi, et ce merdier aux frustrés de la délation version 2009.
L’Ordre était, j’en conviens, une noble et belle idée. J’en partageais l’élan réformateur et plaisant. Il n’est plus qu’un repaire de syndicalistes cacochymes et usés jusqu’à la corde, pétrifiés à l’aune de leur piteuse et ô combien éphémère gloriole…
Ca va devenir un supra-syndicat de flics, de miliciens, certainement pas de Sages.
Je ne suis plus aussi sûr de payer ma cotisation 2009. Je préfèrerais vous l’adresser, amis étudiants de Toulouse, afin que vous leviez un verre à la santé des Skuds, et que vous retrouviez une meilleure estime d’une profession qui sera bientôt vôtre et qui vous accueillera avec plaisir. Car, croyez-moi, chez vos pairs, il y a des gens formidables, des gens dignes d’estime, d’amitié et de respect, de grands hommes. Rien à voir avec l’image sinistre que quelques hobereaux locaux, de tristes sires au visage blâfard, des ravagés du carnet à souche, vous ont fait de votre avenir. Ils ne sont pas l’avenir - l’avenir c’est vous - mais qu’une regrettable résurgence du passé, un de ces spasmes humains récurrents dont l’histoire est lamentablement truffée, les bruits de bottes. Ce sont les mêmes qui, ados, bousillaient nos surprises-parties, appelaient les flics pour nous faire baisser la sono, ou caftaient à la maîtresse.
Il faut bien comprendre que pour que tant hommes soient morts fusillés, il en fallait tant d’autres pour tenir les fusils.
Mais, rassurez-vous, la kinésithérapie, nous l’avions presque oubliée depuis l’avènement de l’Ordre au forceps, c’est joyeux et plein de gens sympas.
Léon Truculus