50 196 morts sur ordonnance.
Ami(e) libéral, frère d'arme et bientôt de larmes, tu as l'inertie de l'enclume.
Je te regardais au GICARE, rebaptisé non sans une certaine clairvoyance « Equipe'salles », voleter de stands en stands comme l'abeille butineuse, faisant ton petit marché d'innovations vibrantes et clignotantes. L'heure, cette année, est aux machines secoueuses de graisse, au muscle facile, et à la vidéo-inter-active-j'te-laisse-bosser-tout-seul-patient-adoré.
Je regardais les syndicats aux cravates inversement proportionnelles à leur nombre d'adhérents, dans leurs vaines tentatives de sémaphores à tenter de rassembler à soi une profession en pleine déliquescence de conscience collective.
Je regardais l'Ordre, distingué autant qu'effarouché, derrière ses vitres que l'on pouvait penser blindées.
C'était une vision surréaliste. Celle du poilu de 14 que l'on conduisait à la boucherie de tranchée en chantonnant « La Madelon ».
C'était le carreau du Temple...
Les Skuds, fidèles à leurs promesses du premier jour, ont fait le tour des cantines institutionnelles. Souvent invités, parfois assiette du pauvre, nous avons toujours été aimablement et chaleureusement reçus.
Ce qui nous a frappé, au-delà des préjugés et des petites guerres intestines souvent lassantes, c'est la vraie bonne volonté de tous. La bonne volonté à vouloir œuvrer pour la profession. Mais aussi la conscience imminente du chaos, que chacun, à sa manière, diabolise ou partage avec l'autre. Que ce soit Monsieur Couratier et son premier secrétaire, ou la trinité Alizéenne, il est évident que tous ces hommes besognent à la « Cause » sans jamais parvenir à s'entendre le moins du monde sur les moyens d'y parvenir.
Evidemment qu'il y a les feux de la rampe, évidemment qu'il y a de l'ego hypertrophié et de l'hormone masculine à plein nez, évidemment qu'il y a ces insupportables roquets de second rideau toujours prêts à vous mordre dès qu'on touche à leur maître, mais il y a aussi... autre chose. Ces hommes sont investis. Parfois mal investis, mais investis tout de même.
Mais toi, sœur Anne, en ta conscience libéro-poulpesque de l'avenir de la profession, encore bien au chaud dans ta tour d'ivoire, tu ne vois rien venir, ou si peu de choses. Tant qu'il y a le leasing palpeur-rouleur et le baratin esthétisant des commerciaux...
La vérité, ami libéral, c'est que tu ne souffres pas encore assez dans ta chair financière. Tu peux encore suffisamment pervertir le système et prendre de confortable liberté envers la NGAP (sur-cotations, dépassements d'honoraires, séances éclairs ou cabinets-usines). Alors, tu t'en sors encore « honorablement » et c'est pour çà que tu n'as pas encore trop de questions métaphysiques à te poser sur toi-même et sur l'avenir du métier.
En réalité, tu es un petit malhonnête de la kiné conventionnelle. Oh certes, il n'y a pas mort d'homme, juste mort d'une profession...
Mais tu ne comprends pas que cette petite liberté délinquante n'aura qu'un temps, et que tes jours sont comptés. Elle t'est offerte par l'autorité de tutelle qui siffle sur ta tête comme jadis le serpent offrit la pomme à Eve. Mais c'est une offre momentanée, calculée, soupesée, pour que tu ne te révoltes pas trop et que tu ne vois pas venir le baobab qui se cache derrière la rose. La permissivité à la NGAP est au kiné ce que le « black » est à l'économie souterraine.
Alors vois-tu, tu te crois encore aux « manettes » mais tu n'es en vérité que le re-dindon de la re-farce.
D'autres que toi, plus prévoyants, ont déjà fui le Titanic. Ils ont plus d'un pied dans le déconventionné (ostéopathes, repasseuses de cellulite, conseils en entreprise, enseignement, syndicats, Ordre, etc.) pour se sentir encore en danger. Ils ont pris la poudre d'escampette.
Qui fera les frais de ce dépeçage en coupe réglée ? Le masseur-kinésithérapeute de base, le confrère intègre et soucieux de respecter la convention, d'apporter un bien-être à une population souffrante? Bref, la petite lavandière qui lave plus blanc que blanc et qui croit encore au « système ». En un mot, le cœur du métier ou ce qu'il devrait-être s'il avait encore un brin de conscience.
L'Ordre et les syndicats sont pourtant là, pour ne pas dire las, en leur honorable faiblesse représentative. Et s'ils sont faibles, c'est qu'ils ne défendent pas le fourvoyeur de convention que tu es, toi ou ton frère, mais une « idée » de la noblesse et de l'élégance d'un métier. Un métier que l'on voudrait idéalement respectueux de ses partenaires institutionnels et soucieux d'être respectés d'eux. A tes yeux filandreux, ce sont des utopistes et probablement des carriéristes, assoiffés d'honneurs et de petits fours. C'est moralement tellement arrangeant...
Mais ton heure est venue, petite cigale encrémée jusqu'aux pattes, qui pourtant continue de chanter comme le coq. Je t'accorde encore trois ans au maximum pour aller visiter les Antilles. Alors, fonces, profites, si tu ne l'as pas encore fait, car, après, tu ne le pourras plus.
Donc, petit insouciant lymphatique, comme tu ne veux décidément rien comprendre à rien et que tu te désintéresses de ton propre sort, je vais te faire un joli dessin avec des belles images, qui te parleront peut-être un peu plus qu'une notice technique :
Voilà ton avenir :
En 2009, tu paieras deux fois plus d'ASV à la CARPIMKO. Tu cotises aujourd'hui pour 78 euros ? Tu paieras donc 167. Mais tu n'auras pour ce tarif que la moitié de tes points de retraite actuels, donc de tes sous lorsque tu seras vieux (car, oui, petite cigale, c'est peut-être un scoop pour toi, mais un jour tu seras vieux) donc un coefficient de un pour quatre par rapport à ce que tu connais aujourd'hui.
Pire, tes précédentes cotisations, loin d'être revalorisées comme le voudrait la logique et le sicav monétaire, vont être sauvagement dévaluées, au grand bénéfice, bien sûr, d'autres organismes cotiso-phages aux doigts crochus. Ce que tu croyais acquis ne l'est plus. Sûr, on t'a appris à l'école de la « République » qu'aucune Loi n'est rétro-active ? Ben là si, pas de bol. Tu es en Sarkozyland.
La faute à qui ? A l'Etat voyou qui refuse de payer les 15 milliards d'arriérés qu'il doit, conventionnellement et de plein droit à la caisse retraite. S'en excuse-t-il ? Cherche-t-il un prétexte frelaté à cette trahison absolue du pacte et des droits de l'Homme à voir les signatures honorées ? Pas même. Il se fout de ce que tu penses, petite cigale. Il se fout même d'être illégal et d'être le premier scélérat dans son pseudo Etat de droit. Nous sommes entrés en dictature monétaire.
Honte à la France, honte à ce gouvernement de « faits du Prince » où un acteur comique, ami du « Monarque », peut faire mettre à pied un magistrat de police en Corse, alors qu'en revanche un engagement institutionnel et solennel face à 63 431 professionnels est bafoué sans vergogne.
La Cour européenne va être saisie sur notre pauvre cause(?). L'Ordre, sans savoir encore comment si prendre, y travaille activement. Et si nous redevenons égaux et frères en cet hexagone et si justice et respect du droit sont rétablis, ce ne sera surtout pas grâce à la conscience de nos dirigeants politiques, mais grâce à celle des autres ; les Belges, les Hollandais...
L'URSSAF, jamais en reste d'un petit bénéfice « sur le fil du rasoir », s'enquille joyeusement dans la brèche. Sa participation à ta cotisation maladie va devenir nulle. De 0.1% de participation sur ton chiffre d'affaire, bientôt tu vas payer presque 10%. Là, comme nous tous, c'est une cinquantaines d'euros ? Tu paieras 500.
Or, je te rappelle que nous n'avons anciennement accepté d'être sous la férule d'une « convention » qu'en l'échange de l'ensemble de ces participations. Ce n'est plus un aménagement conjoncturel: c'est une trahison du pacte !
L'EPP (évaluation des pratiques professionnelles) tel le Frankenstein de base, échappera des laboratoires de l'HAS, des scientifiques pourtant honnêtes et sincères, comme la bombe H échappa à Einstein. Elle sera bientôt obligatoire, opposable et coercitive. Ce qui équivaut à un retour en force, bien que déguisé mais en bien plus contraignant, aux « quotas ». On te dira ; une rééducation d'entorse de cheville, c'est 10 séances si tu suis le protocole. Si tu fais plus, c'est que tu es nul ou un sale profiteur de la société ; donc sanctions.
L'ostéo, c'est mort. Les médecins, pourtant souvent sous-formés, ont fait main-basse sur le pactole, éjectant manu militari les kinés du buffet. A défaut de légitimité européenne, les préfets de régions, devenus grands maîtres-distributeurs du label cordon rouge, leurs filent un sacré coup de pogne en la matière. Cela est parfois si patent, qu'un de ces élus est actuellement en procédure pour « motivation suspecte »..
Si je veux être honnête avec toi libéral, à défaut de t'acheter d'urgence une conscience collective, je t'adjoins au plus vite de regagner les hôpitaux, le déconventionné, les brasseurs de cellulite, les mobilisateurs du mouvement respiratoire primaire, ou les dispensaires - dernière petite trouvaille en date des préfets de régions.
Dispensaires ? Cela ne rime-t-il pas avec soupe populaire ? Avec fin d'une aire ? L'aire du praticien libéral de ville ?...
Je vais te dire, ami(e), les flamboyants n'ont pas d'égaux en cette saison en Martinique. Profites-en vite.