Vers un Etat de non-droit ?
Depuis le 11 octobre 2008, la profession de masseur-kinésithérapeute est entrée en dictature.
Il est toujours regrettable de voir un pays de forte tradition démocratique pratiquer des méthodes de république bananière.
De forte tradition démocratique ? Pas si sûr… N’oublions pas qu’il y a à peine plus de deux cents ans qu’on transformait la Bastille en rendez-vous pour motards. A peine deux longues vies humaines… Et que, depuis, bien des bruits de bottes sont éternellement tentés de la museler pour leur propre compte car, il est vrai, il serait éminemment plus aisé de gouverner le peuple s’il n’y avait pas le peuple…
La participation de l’État français à l’ASV (avantage social vieillesse) socle contractuel et incontournable de notre alliance à la Convention depuis 1975, a été dissoute sans autre forme de procès par Monsieur Sarkozy, au mépris de tout droit institutionnel et de celui du citoyen.
Enfonçant le clou si encore nécessaire, l’État plénipotentiaire a devancé l’appel en prévenant qu’aucune contre-partie (augmentation tarifaire, etc.) ne sera proposée en échange de ce hold-up financier.
L’Etat, à court de liquidités (curieusement moins lorsqu’il s’agit de renflouer les banques et les amis du capital - 15 milliards d’euros sortis du chapeau du jour au lendemain) avait simplement besoin de faire de la trésorerie sur quelques misérables millions faciles, une aumône, mais la nôtre et celle de notre sueur, en l’occurrence. C’est chose faite depuis le 11 octobre.
A la question légitime que se pose le citoyen français « combien va nous coûter la banqueroute des places financières ?» le kinésithérapeute, sur ses propres deniers, a déjà un début de réponse ; 11,4 millions d’euros l’an. Car, consœurs et confrères, c’est ce que vous allez débourser de votre poche à présent chaque année… en plus, bien-entendu.
Certes, les clauses autour de l’ASV étaient fort avantageuses pour le kinésithérapeute. C’était un bon contrat, même, osons le dire, un contrat juteux. Mais c’est exactement pour cette raison que nous l’avons accepté et accepté le joug d’une convention que nous aurions refusé en bloc sans cela. Part ailleurs, il n’est écrit nulle part dans le droit commercial ni dans le droit international que sous prétexte que le co-signataire d’un traité estime soudainement - après plus de 30 ans ! - qu’il est finalement trop favorable à la partie adverse, il puisse s’autoriser à le rompre à sa guise et sans conséquence financière ou pénale.
En outrageant sa signature conventionnelle, unilatéralement, car il est fort et brutal, le gouvernement s’est placé de facto dans le clan des hors-la-loi et des États sans parole.
Mais, lorsqu’on est à la tête d’un pays, on ne dit pas hors-la-loi, puisque la loi, c’est soi ; on parle d’autocratie.
Il n’y a pas de « petite » entorse aux droits du peuple. Qui vole un œuf vole un bœuf. Nous tenons à rappeler à ce gouvernement que la démocratie est chose fragile et que ses pentes sont éminemment glissantes.
La Convention est née de la bonne-intelligence des hommes, de l’intérêt croisé, du respect de l’engagement signataire. Lorsque l’exemple ne vient plus d’en haut, c’est l’ensemble d’un édifice moral qui s’effondre.
Nous avons conscience que les syndicats institutionnels, outre leur contrariété passagère, resteront muets à court terme, et que le suppositoire, même trempé dans la nitroglycérine, passera. Comme toujours. Nous ne leurs jetterons d’ailleurs pas la pierre. La placidité, l’indifférence du kinésithérapeute face à son propre destin dépassent l’entendement, et tout cela, en finalité, est profondément décourageant.
Nous noterons enfin, non sans une certaine et récurrente amertume, que nos amis médecins passent une fois encore entre les mailles du filet gouvernemental et de sa répression budgétaire.
Les Skuds, outrés par ce totalitarisme d’État, proposent une pétition « en ligne » à la profession. Une pétition sous forme d’une lettre ouverte à Monsieur Nicolas Sarkozy, dont l’objet est de l’inviter à respecter et à faire respecter autour de lui la parole de la République.
Nous espérons 65 000 signatures, que nous irons déposer sur le bureau du chef de l’État.
Évidemment, nous ne les aurons pas car notre profession est indéfectiblement amorphe, mais ne pas essayer serait baisser les bras et se livrer sans résistance à l’ogre.
Nous tissons actuellement des liens vers les autres corps de métiers, infirmiers, orthophonistes, etc., également frappés par cet oukase ministériel, afin de conjuguer nos actions.
Nous vous demandons, pour sauver ce qu’il reste de l’ASV, mais aussi préserver votre pouvoir d’achat et celui de vos familles, ainsi que lutter contre tous les débordements prévisibles qui se cachent en seconde intention derrière ce hold-up gouvernemental, de signer notre pétition, et de la diffuser le plus largement possible autour de vous dans le champ professionnel.
Il n’y a pas de petite signature ; il y a juste de grandes démissions dont les cours font des fleuves.
Notre action ne se heurte à aucun moment aux intérêts de celles qu’auront peut-être les syndicats, et que nous souhaitons fortes et massives. Bien au contraire, elle est contiguë. C’est notre pierre à l’édifice.
Tous ensembles, unis et forts, nous ne gagnerons sans doute plus le combat de l’ASV, il est un peu tard, mais nous ralentirons le déclin programmé d’une profession.
On nous signale des pertes de signatures, vérifiez bien d'avoir été inscrit(e) et d'avoir validé le mail de retour. attention à vos filtres anti-spam. Merci.