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Publié le par F norro


Où sont nos élus ? Évaporés en une sorte de nanosphère impénétrable, satellisés, intangibles, prêchant souvent pour leur seule paroisse et réservant l'Information et la Bonne Parole aux initiés « encartés ». Qui peut contester que nos émissaires syndicaux, s'ils ne cessent de nous compter leurs merveilleux faits d'armes, ont en réalité tout bonnement perdu la « Guerre des trente ans » ? Car, ne nous y trompons pas, cela fait trente ans déjà que ce déclin « sur ordonnance » est amorcé...

Qui sommes-nous ?

Comme vous, masseur-kinésithérapeutes. Nous sommes la majorité silencieuse, les « petites-mains » issues d'aucune centrale syndicale ni de l'Ordre plénipotentiaire. Nous venons d'horizons et de pratiques très différentes, les Alpes, le Midi-Pyrénées et la région parisienne.

Nous nous sommes rencontrés de manière épistolaire sur un petit forum professionnel.

A travers les années de discussions, cela nous a laissé à tous le même sentiment amer, sentiment que de manière récurrente revenaient inlassablement sur la table les mêmes  interrogations, les mêmes rancœurs et les mêmes critiques face à notre métier, à ses incongruités gravées dans le marbre conventionnel, à ses élus supposés nous représenter, et au « double-jeu » mené par nos « partenaires » institutionnels. D'où une sensation d'impuissance, d'inertie, de paralysie du système, allant vers l'appauvrissement lent mais inéluctable de notre statut, de notre pouvoir d'achat et de nos conditions de travail.

A ces inquiétudes légitimes et unanimement partagées, nous avons décidé de répondre ici.

Il nous a semblé clair que sans un bouleversement profond de notre statut et des mentalités ambiantes, une remise à plat de nos compétences au sein de la hiérarchie médicale, un accès à l'indépendance intelligemment mené, nous ne survivrons pas en l'état à la prochaine décennie. Malgré nos louables tentatives d'émancipations, le talent de nos praticiens et l'apport méritoire des nouvelles techniques, nous serons sacrifiés sans état d'âme sur l'hôtel budgétaire de Dame Sécu.

Nous allons devenir pauvres, très pauvres, et surtout plus « auxiliaires » médicaux que jamais. N'en doutez pas. Dans dix ans, vingt tout au plus, sans une mutation profonde, nous serons les O.S. de la médecine payés au S.M.I.C. alors que nous avions de l'or... entre les mains.

A moyen terme, l'objectif de la Politique de Santé Publique, que le gouvernement soit de Gauche ou de Droite, est parfaitement identifié ; déremboursement progressif de nos soins, stagnation de nos rémunérations, et barrage à toutes velléités émancipatrices. L'Autorité ne disconvient pas de notre désir de vendre de la meilleure qualité et ne s'y opposera nullement si, par ailleurs, nous ne contrarions pas ses projets d'« hard discounteur » de la médecine et que nous acceptons de vendre à perte.

Etre visionnaire, ce n'est pas se précipiter sur l'os qu'on vous lance, mais entrevoir le dessein ultime qui se cache derrière l'intention de façade. Depuis des lustres, "on" nous jette à rogner des carcasses sur lesquelles se précipitent goulûment nos élus. Or, pour le gestionnaire en budgets d'Etat, la médecine est un produit commerçant comme un autre, une ligne de plus sur son histogramme financier. A l'image de ce qui arrive actuellement pour la « para »pharmacie, le « para »médical, tôt ou tard, est destiné à la vente en grande surface à prix fracassés. Tel est l'objectif du politique et tel sera donc notre destin si rien ne vient troubler la danse.

Nous adhérons, bien évidemment, au pessimiste « état des lieux » que dressent de nos représentants syndicaux - qui de sensé n'y souscrirait pas ? - mais nous divergeons profondément sur la méthode à adopter pour infléchir ce déclin « budgétisé » et remettre notre omnibus poussif sur les rails de l'évolution. Penser que nous bénéficions d'une sorte de « légitimité » médicale cajolée et reconnue par nos autorités de tutelle et que l' « on » compatie à notre destinée, est une erreur et une méconnaissance profonde de ce qui se pratique chez nos voisins européens. « On » nous méprise royalement, « on » a bien d'autres chats à fouetter. Nous représentons bien peu de choses sur l'échiquier gouvernemental. En un tournemain la profession d'avoué vient de disparaître, celle des notaires est sur la sellette... Nous ne sommes absolument pas à l'abri du billot législateur qui peut, du jour au lendemain et sans crier gare, décapiter d'un décret la profession. Penser autrement est faire preuve de candeur.

Que signifions-nous réellement pour l'Etat, un Etat exsangue, à la diète, destiné à se démunir de ses colifichets ? Un métier sub-alterne de la médecine, une nécessité seconde, vécu peu ou prou comme une thérapie de « confort » et non-vitale. Comble du luxe ; une profession peu fédérée et donc peu revendicative et que l'on peut mystifier sans grande réaction. Imaginez-vous qu'à l'heure où l'on ferme des maternités et des tribunaux à tour de bras, « on » va se soucier de ces petits auxiliaires masseurs ?...

Il est donc inévitable que dans la Grande Brocante actuelle, nous soyons en tête de gondole et bradés à vil-prix...



De quoi souffrons-nous en vérité ?


De syndicats si peu représentatifs qu'ils ne fédèrent plus grand monde à part eux-mêmes, se perdant depuis des lustres en luttes fratricides et appétence de pouvoir.

 

D'une absence totale de dialogue, car nos élus gravitent pontificalement dans les hautes sphères nébuleuses, sans jamais descendre jusqu'à nos rez-de-chaussée plébéiens. Seul l'« encarté » est consulté et à voix au chapitre, comme le démontre encore si nécessaire l'avènement récent d'un Ordre décrété par moins de 10% la profession...

De véritables inepties du système, que le temps, les fédérations, les intérêts individuels, un pouvoir forcément autiste à notre cause, n'ont fait que ciseler dans le granit conventionnel, rendant « raisonnable » et « officiel » ce qui, en vérité, devrait prêter à rire.

D'une lettre-clé obsolète qui ne nous permet plus de travailler honnêtement, ni de recevoir nos patients dans des conditions valorisantes pour tout le monde ; conséquence, seuls le travail à la chaîne ou - comble de l'absurde - une activité hors-nomenclature, nous autorisent encore à faire face à nos charges et à ne pas sombrer dans la décrépitude progressive de la profession et dans l'appauvrissement de nos familles. « Le meilleur soin au meilleur coût » devient un serpent qui se mord la queue et qui, pour pouvoir l'assumer en lieu et place de l'Etat, nous transforme peu à peu en esthéticiennes ou en déconventionnés de la médecine conventionnelle.

D'un alourdissant administratif kafkaïen, comme cette même lettre-clé antédiluvienne, hystériquement fluctuante en fonction des pathologies et des aléas fantaisistes du libellé prescripteur. Qui n'a jamais vu un traitement de S.E.P., avec tout ce que cela représente pour nous de pénibilité, se transformer comme par magie sous la houlette du médecin en « rééducation à la marche » ?

D'une scission libéraux/salariés, certes arbitraire et savamment entretenue par quelques syndicats « d'intérêt public », mais qui divise nos forces en deux. A croire que la « forme » de notre métier importe d'avantage que le « fond »...

« D'âmes bien-nées » qui, au nom du libre-accès aux soins par tous et prêts à accepter en son nom n'importe quel sacrifice, finiront par vendre notre chemise, notre culotte, et par interdire le soin de qualité à tous.

D'un Etat fort et ingérant qui, passé maître dans l'art du double-langage, prône hypocritement le « partenariat » via ses Caisses, tout en prenant grand soin de toujours nous conserver la tête sous la ligne de flottaison, et de ne jamais respecter lui-même ses propres engagements conventionnels.

De perspectives et d'ambitions revendicatives avoisinant l'encéphalogramme plat, cantonnés que nous sommes dans notre carcan de « para »médicaux mais - pire encore - dans notre indécrottable mentalité de « para »médicaux, qui nous colle aux sabots.

Bref, d'un archaïsme certain. Plus que jamais, nous sommes et restons « l'infirmière masseuse » de 1946...

Le masseur-kinésithérapeute de l'An 2015

Qui suit de près l'actualité sait que les instances de tutelles sont loin, très loin, d'en avoir terminé avec le dépeçage graduel de notre profession. Notre avenir s'assombrit de jour en jour avec la constance guerrière du métronome législateur.

Beaucoup d'entre nous, surtout les plus anciens, écœurés, renonceront à leur profession pour voguer vers des cieux plus cléments, à maigre retraite, pillée par Régime Général, faut-il le préciser ? Les autres, souvent issus de formations extra-hexagonales, seront pauvres ou obligés « d'abattre » du patient à la chaîne pour s'en sortir. Mais hélas vont être mise en place les EPP, évaluations personnelles actuellement sur le mode doucereux du volontariat mais qui, rapidement, deviendront opposables, obligatoires et coercitives. Le nombre de patients/jour sera hautement labellisé et rémunéré au lance-pierre. Une grande part des soins, à la manière de ce qui se passe actuellement pour la pharmacie, sera estimée comme thérapie de « confort » et ne sera plus pris en charge par l'assurance maladie. On vous proposera, bien entendu, du générique à prix discount. « Le « hors-nomenclature » et sa foire d'empoigne sera donc votre quotidien. Vous deviendrez des esthéticiennes, des rouleurs de cellulites, des vibreurs sur plate-forme, des profs de gym ou, au mieux, des ostéopathes sans plus aucun lien avec votre métier de référence.

Libéraux, vous gagnerez ce que gagnent aujourd'hui vos confrères salariés, le risque en plus, la protection sociale en moins.

Comme pour l'actuel bâtiment, beaucoup de courageux confrères venus de l'Europe « émergeante » oeuvreront activement dans nos hôpitaux hexagonaux et sans doute même dans le libéral, pour survivre, à la manière des médecins F.F.I. (faisant offices d'internes) ou des infirmières espagnoles. Seulement, eux, leur famille est en Bosnie, où d'en d'autres pays où le niveau de vie est déplorable... mais la vôtre restera à Passy, où la taxe foncière vaut annuellement trois fois le S.M.I.C....

Evidemment que L'Âge d'Or de la kinésithérapie que nous content avec émotion les anciens, cet Âge où nos honoraires étaient supérieurs à ceux des médecins, est bel et bien révolu, et avec lui notre valorisation sociale et notre liberté d'action.

Pourtant, alors que nous investissons par nos compétences si variées tous les secteurs de la santé, du loisir et de la forme et que notre image grand public est au zénith, plus que jamais nous sommes traités par l'oligarchie décisionnelle en paramédicaux et en O.S. de la médecine.

Paradoxe ? Non, constat d'échec de notre communication, de nos intérêts trop contradictoires, dont nos syndicats n'ont su tirer vers le haut le « plus petit dénominateur commun », ce petit diamant si nécessaire à nous unir.


Juste un chiffre, mais un chiffre probant, face auquel chacun se doit de réfléchir, à commencer par nos émissaires syndicaux ; il y a à peine plus de trois décennies notre acte moyen était supérieur au tarif de la consultation du généraliste et l'évolution de nos lettres-clés était conjointe. Depuis, partant de cette base pourtant solide, nos plénipotentiaires ont si habilement manœuvré que... nous vous laissons juge du résultat.

Les syndicats, ne reniant en rien Pons Pilate, disent de nous que nous sommes une profession immature et individualiste, que leur peu de représentativité est le fruit de notre indifférence à notre propre sort ; nous ne le pensons pas. Nous pensons qu'ils n'ont jamais su nous fédérer, nous motiver, nous passionner pour leurs débats stériles de frères-ennemis ni pour leurs luttes intestines pour le pouvoir. Ces syndicats traditionnels sont aujourd'hui cristallisés dans leur forme définitive, pétrifiés dans la défense de leur propre bannière et de leurs prérogatives corporatistes et définitivement affaiblis par trente ans d'omertas fratricides. Ils ne parviendront plus, malgré les louables efforts de quelques rares individualités plus éclairées, à nous fédérer. Le salut ne viendra plus d'eux. Sous leur forme actuelle, ils ont vécu.


Nous pensons qu'il est peut-être encore temps de modifier ce déclin. Les chances sont minces, très minces, et nécessiteront, pour être un tant soit peu couronnées de succès, une profonde et courageuse réforme du statut de masseur-kinésithérapeute, une salutaire introspection des élites pensantes aux réflexes trop archaïques, mais surtout un chamboulement des mentalités. L'heure n'est plus à la comptabilité d'apothicaire, à se battre pour l'augmentation d'un demi-point de telle ou telle obscure fraction de la nomenclature, graines pour moineaux faméliques, mais à bouleverser radicalement les données du problème.


Retournez l'obstacle dans tous les sens, il n'existe pas d'autre manière d'y parvenir qu'être 65 000 professionnels à s'asseoir comme un seul homme à la table du législateur et à y peser de tout notre poids. Sans une cohésion massive, nous ne parviendrons à rien qu'à la pauvreté, ce n'est qu'une question d'années. Mais cette cohésion ne peut se faire qu'en l'intelligence de chacun à savoir taire son individualisme et dépasser « sa » petite différence au profit d'un meilleur avenir commun.

C'est vous qui voyez...


Il n'y a pas de fatalité de l'échec, il y a une logique de l'échec.

L'équipe des Skuds


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